AMÉRINDIEN DU QUEBEC ET CANADA

AMÉRINDIEN DU QUEBEC ET CANADA

PATRIMOINE CANADIEN AUTOCTONES


INDIENS D’AMÉRIQUE ET CANADA

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22/11/2013
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LE MODE DE VIE DES PIEDS NOIRS

La nourriture : l'importance de la conservation

La viande rapportée au camp était traitée le plus rapidement possible et préparée pour la cuisson ou la conservation. Le principal moyen employé par les Pieds-Noirs pour préserver la viande était le séchage. Pour ce faire, ils la coupaient en fines lanières, qu'ils suspendaient ensuite au soleil. Ils entreposaient la viande séchée dans des contenants de cuir, auxquels ils ajoutaient de la menthe séchée pour éloigner les insectes. À l'automne, ils mélangeaient également des fruits sauvages déshydratés à la viande séchée et ils broyaient cette préparation à l'aide d'un maillet de pierre. Ils y incorporaient ensuite de la graisse pour obtenir le moki-maani (pemmican). Le moki-maani permettait souvent d'éviter la famine au cours de l'hiver.

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Cuillère; des Plaines; années 1940, corne de bison, 33 cm (longueur) x 6,5 cm (largeur)

L'éducation des enfants : une responsabilité partagée

Suivant la tradition, les Pieds-Noirs campaient regroupés en clans, et toutes les femmes prenaient soin des nouveau-nés. Quelques mois après la naissance, les parents consultaient un adulte respecté pour qu'il nomme leur enfant. Ce nom, qui reflétait les accomplissements de la personne respectée, était censé attirer sur l'enfant le bonheur et la réussite. Les Pieds-Noirs nomment toujours leurs enfants de cette façon.

Les Pieds-Noirs surveillaient l'évolution de leurs enfants avec attention et patience. Les enfants avaient la possibilité de développer leurs habiletés naturelles sans trop d'entraves. Lorsque qu'ils se conduisaient mal, ils étaient réprimandés par leurs oncles et leurs tantes. Les punitions corporelles étaient rares; on n'y avait recours que si les autres moyens s'étaient montrés inefficaces.

Les tipis : des abris idéaux dans les Prairies

Parfaitement adaptés au climat venteux des Prairies, les tipis pouvaient servir d'abris, d'endroits pour dormir et de lieux de cérémonie. Ils étaient faciles à transporter. Les Pieds-Noirs se servaient de travois faits de pin tordu et de saule pour les déplacer. Les tipis étaient traditionnellement fabriqués avec des peaux, jusqu'à ce qu'on commence à les confectionner avec de la toile. Les images fascinantes qui ornent les tipis sont beaucoup plus que de simples décorations : elles servent à unir les gens avec les Êtres célestes. L'obtention du droit d'utiliser ces symboles est un privilège, et il doit faire l'objet d'une cérémonie formelle.

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Campement de Gens-du-Sang près de Lethbridge (Alberta), sans date

Les hommes et les femmes : cohabitation et collaboration

Les histoires anciennes des Pieds-Noirs décrivent les rôles différents mais complémentaires qu'assumaient les hommes et les femmes dans cette société. Le respect et le soutien mutuels constituaient pour les hommes et les femmes des valeurs très importantes, car ils comprenaient à quel point ils avaient besoin l'un de l'autre pour survivre. Les hommes quittaient fréquemment le camp pour aller chasser ou défendre le territoire, tandis que les femmes s'occupaient principalement du camp. Elles y accomplissaient des tâches essentielles telles que la préparation de la viande séchée, le tannage des peaux et la confection des vêtements et des revêtements de tipis.

Le bison : chasser pour survivre

Les Pieds-Noirs chassaient fréquemment le bison – les bêtes solitaires autant que les petits troupeaux – qu'ils encerclaient en silence avant de les abattre. Jadis, le pisskan, ou le précipice à bisons, constituait aussi une méthode de chasse très importante. Les hommes attiraient les troupeaux vers une falaise abrupte et tuaient ainsi des centaines de bêtes à la fois. Le pisskan était complexe, difficile et dangereux. Il exigeait une bonne coordination et la participation de plusieurs clans.

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Selle; des Plaines; fin des années 1800, bois, babiche, cuir brut, boutons de laiton, daim, acier, cuir, ramure de cervidé, 31 cm (hauteur) x 43,5 cm (longueur) x 27 cm (largeur)

La vie spirituelle : tout est sacré

Aux yeux des Pieds-Noirs, tout ce qui les entoure est sacré. Il est donc essentiel pour eux de reconnaître la présence du Créateur et des Êtres spirituels. Chaque année, tous les clans de Pieds-Noirs se réunissent à l'occasion d'un rassemblement appelé ako katssin (l'époque du campement collectif), afin de raffermir leur lien avec l'univers. Ce rassemblement peut durer jusqu'à trois semaines. Son point culminant est l'ookaan, une cérémonie au cours de laquelle les individus renouvellent leur union avec Natosi, le soleil et source de vie.

Ce rassemblement est aussi l'occasion pour les membres des Sociétés sacrées de se réunir et de procéder à des cérémonies, afin de se remémorer la façon dont les Ballots sacrés et les rituels ont été transmis aux Pieds-Noirs. Les Ballots sacrés contiennent des objets offerts aux Pieds-Noirs par les Êtres spirituels. On s'en sert dans les cérémonies pour raffermir les liens avec les Êtres spirituels et le Créateur et pour demander de l'aide. Les Ballots sacrés et les cérémonies doivent demeurer privés.

Les danses sociales : du petit rassemblement au pow-wow

La danse a toujours occupé une place importante dans la vie sociale des Pieds-Noirs. Ils se réunissaient souvent dans une résidence pour pratiquer la danse ronde, la danse du hibou ou la danse du serpent. Lors des grandes occasions, ils se rassemblaient parfois dans des salles communautaires. Aujourd'hui, les Pieds-Noirs pratiquent surtout leurs danses dans les pow-wow. Ces fêtes modernes regroupent des personnes de diverses nations qui viennent commémorer leur patrimoine autochtone par la danse, la musique et le chant. Les types de danses pratiqués aujourd'hui proviennent de diverses régions de l'Amérique du Nord. La danse buckskin, réservée aux hommes, la danse traditionnelle des femmes, de même que la danse du  poulet, sont toutes originaires du territoire des Pieds-Noirs.

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Groupes de Pieds-Noirs durant la visite royale de 1901

LA PÊCHE CHEZ LES AUTOCTHONES

DU CANADA ATLANTIQUE

Dans le Canada atlantique vivent aujourd'hui plus de 50 000 personnes d'ascendance autochtone. Ces Premières nations sont :

Les Mi'kmaqs du Nouveau-Brunswick, de Nouvelle-Écosse, d'Île-du-Prince-Édouard et de Terre-Neuve; - les Malécites de l'ouest du Nouveau-Brunswick, et leurs proches parents, les Passamaquoddys du sud du Nouveau-Brunswick et de l'est du   Maine; - les Montagnais/Naskapis ou Innus du sud-est du Québec et du sud du Labrador.

La population actuelle se compare à environ 15 à 20 000 personnes à l'époque des premiers contacts avec des Européens, aux XVIe et XVIIe siècles.

L'archéologie nous apprend que des Autochtones vivent dans les provinces maritimes du Canada depuis au moins 11 000 ans, dans le Labrador depuis plus de 9000 ans, et dans l'île de Terre-Neuve depuis au moins 6 à 7000 ans,et probablement davantage.

Tout au long de leur histoire, les peuples autochtones ont dépendu des riches ressources marines de la région pour leur survie. Leur connaissance intime de l'environnement, ainsi que leur maîtrise de techniques de pêche et de chasse et d'autres technologies, leur permettaient d'exploiter avec succès les ressources nombreuses et diverses de la région sur terre et dans la mer, les cours d'eau et les lacs.

LA PÊCHE CHEZ LES AUTOCTHONES

 DU CANADA ATLANTIQUE

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Bien que chaque communauté autochtone eût son caractère distinctif, elles partagèrent savoir et techniques au long de centaines de générations. Aujourd'hui, nous connaissons des peuples anciens grâce à des traditions orales, des documents historiques et particulièrement pour la longue période de 11 000 ans, antérieure aux contacts avec les Européens, des témoignages archéologiques. Ces interprétations reposent souvent sur des déductions et des spéculations sur la base de données limitées ou incomplètes. Ce sont néanmoins nos seules fenêtres sur le passé.

Une définition de la pêche

La pêche est traitée ici dans son sens le plus large comme étant l'exploitation de toutes les ressources marines et en eaux douces. S'y trouve incluses la chasse aux mammifères marins tels que le phoque et le morse, et même la cueillette de coquillages, aliment de base important pour de nombreuses communautés côtières.

La pêche était une activité à laquelle les peuples autochtones se livraient toute l'année, et, à l'époque historique, les peuples des Maritimes suivaient des modes saisonniers souvent liés à la présence de poissons spécifiques.

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Carte du Canada Atlantique il y a 11 000 ans montrant les effets de la glaciation sur la côte. Le niveau de la mer à cette époque était d'au moins 60 mètres sous celui des côtes d'aujourd'hui. La couleur verte sur l'illustration indique des terres aujourd'hui submergées.

Le paysage atlantique d'un lointain passé

Le Canada atlantique d'aujourd'hui est très différent de ce qu'ont connu les premiers Autochtones juste après la fin de la dernière période glaciaire, il y a environ 11 000 ans. On croit souvent que les changements majeurs du paysage sont un phénomène ancien, associé aux premiers stades de la formation de la croûte terrestre. Cependant, du point de vue géologique, les périodes de glaciation sont un phénomène très récent. La dernière période glaciaire a duré d'il y a 25 000 à 15 000 ans et a eu une influence profonde sur notre géographie d'aujourd'hui.

Les géologues marins et d'autres spécialistes ont pu reconstituer le paysage en évolution du Canada atlantique. La plus récente période de glaciation, ou période glaciaire, a pris fin il y a environ 15 000 ans, époque où des gens vivaient dans des régions plus chaudes, plus au sud. Il y a de 11 à 12 000 ans, les glaciers s'étaient retirés de la plus grande partie des Maritimes et s'étendaient au nord du golfe du Saint-Laurent. Le climat de cette époque était beaucoup plus frais que celui d'aujourd'hui et la terre évoquait beaucoup la toundra dépourvue d'arbres du nord du Canada aujourd'hui.

Les premiers témoignages de pêche

On a pêché dès les temps anciens. Des têtes de harpon en pierre vieilles de 9 à 10 000 ans ont été trouvées dans l'Île-du-Prince-Édouard et dans les îles de la Madeleine. Elles constituent les premiers indices de l'exploitation par des peuples côtiers anciens des ressources marines du Canada atlantique. Ces têtes de harpon servaient probablement à tuer le morse, le phoque et d'autres mammifères marins.

On croit que des descendants de ces premiers pêcheurs chassaient déjà il y a 9000 ans le long de la côte québécoise du golfe du Saint-Laurent et sur la côte adjacente du sud du Labrador.

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Différents spécimens de pointes de lance en pierre de la côte nord de l'Île du Prince Édouard datant peut-être d'il y a 9 à 10 000 ans. Les pointes de ce genre étaient fixées aux extrémités des armes de chasse pour la chasse au phoque, au morse et aux mammifères terrestres.

 Une technologie ancienne de chasse aux mammifères marins

À L'Anse Amour (Labrador), des archéologues ont découvert un monticule unique de pierres datant d'il y a plus de 7500 ans. Les restes d'un jeune adolescent étaient profondément enfouis sous ce monticule. Était ensevelis avec lui tout un éventail d'outils de chasse et de pêche; une défense de morse et une tête de harpon en os se trouvaient parmi eux. Cela a donné à penser aux archéologues que ce garçon est peut-être mort lors d'une chasse au morse.

La tête de harpon distinctive en os est l'un des premiers spécimens de technologie de harpons à tête détachable connus en Amérique du Nord, ce qui suggère une longue tradition et une connaissance de la chasse aux mammifères marins. Le harpon à tête détachable est une technique sophistiquée adaptée à la chasse aux mammifères marins. La tête se détache du harpon, mais une fois enfoncée dans l'animal elle tourne sur elle-même et reste attachée à une ligne récupérable, ce qui empêche la proie de s'échapper ou de couler.

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La pêche sur la côte et au large

Les eaux côtières et de haute mer du Canada atlantique sont caractérisées par les côtes accidentées et rocheuses de Terre-Neuve et du Labrador et les rivages plus doux et les plages de sable du sud du golfe du Saint-Laurent. Ces côtes et ces eaux offrent des habitats extrêmement divers pour tout un éventail de mammifères marins, dont des baleines petites et grandes, des marsouins et des phoques.

Les îles au large attirent aussi en grand nombre des oiseaux aquatiques et des mammifères marins, le phoque du Groenland étant l'un des plus importants à y migrer. À la fin de l'hiver et au début du printemps, ils descendent de l'Arctique sur des packs, jusqu'au golfe du Saint-Laurent.
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Principaux artefacts constituant des offrandes funéraires trouvés dans le monticule funéraire. On peut voir (dans le sens des aiguilles d'une montre) : une pointe de lance en os, un andouiller de caribou, un harpon à tête détachable, une hampe de lance en os, une tête détachable ou un ornement en ivoire de morse, et une lame de hache en ivoire de morse.

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La tête de harpon détachable était une pointe de lance complexe spécifiquement conçue pour la chasse aux mammifères marins. Le spécimen de L'Anse Amour est l'un des plus anciens retrouvés en Amérique du Nord.

La chasse aux mammifères marins Les témoignages archéologiques provenant de la côte et des lacs et cours d'eau de l'intérieur de Terre-Neuve et du Labrador sont particulièrement riches pour la période d'il y a 4500 à 1500 ans. Les gens qui vivaient alors dans cette région sont appelés Dorsétiens.

À Port au Choix (Terre-Neuve), des vestiges archéologiques exhumés dans différents sites de villages et plusieurs cimetières montrent que, pendant plusieurs milliers d'années, cet endroit fut un populaire lieu de pêche et de chasse aux mammifères marins pour les Dorsétiens et des peuples ayant vécu antérieurement dans les Maritimes.

Un large éventail d'objets utilitaires et ornementaux bien préservés témoigne d'une vie étroitement liée à la mer. Les anciens possédaient des outils élaborés de pêche et de chasse aux mammifères marins leur permettant d'exploiter les ressources marines du rivage et du large. Ils savaient aussi comment parcourir de longues distances.

Le morse de l'Atlantique était autrefois abondant, mais il se fait aujourd'hui remarquer par son absence dans les eaux côtières de l'Est. Au Canada, on ne le trouve plus que sur les côtes de l'Arctique.

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Vue aérienne de la localité de Port au Choix, sur le détroit de Belle Isle, le long de la côte nord-ouest de Terre-Neuve. C'était un lieu important de chasse au phoque pour les peuples de l'Archaïque Maritime (il y a 4000 ans) et plus tard pour les Dorsétiens (d'il y a 2000 à 1500 ans). (Département des services gouvernementaux et terres, Gouvernement de Terre-Neuve et du Labrador.

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Dès les temps les plus anciens, le morse a été une importante source de nourriture et d'huile. On le prisait aussi pour son ivoire et ses os, dont on faisait des outils et des ornements, et pour sa peau solide aux nombreux usages. Dans un site archéologique découvert tout récemment dans la région de Tantramar, en Nouvelle-Écosse, des restes de morse ont été trouvés avec un grand nombre de poids ou de plombs à pêche datant d'il y a environ 3500 ans.

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Outils exhumés sur le site Curtis vieux de 3700 ans, à Twillingate (Terre-Neuve). Différents genres d'outils pour le travail du bois, comme la gouge et l'herminette (figures 1 et 2) servaient à creuser et à façonner les pirogues.

Nous ne pouvons que spéculer sur le moment où l'on a créé les premières embarcations. De nombreux archéologues croient qu'il y a 11 000 ans, les peuples les plus anciens du Canada atlantique connaissaient dans une certaine mesure le transport sur eau. Parmi les embarcations anciennes que l'on trouve ailleurs dans le monde figurent des bateaux recouverts de peau et d'écorce, des bateaux en roseaux, des radeaux et des pirogues creusées dans des rondins, et les archéologues croient que des embarcations semblables existaient aussi dans le Canada atlantique.

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Les canots maritimes mi'kmaqs à la forme particulière étaient très bien adaptés à la navigation sur les eaux libres avec leur proue, leur poupe et leurs plats-bords hauts et arrondis.

De lourds instruments de travail du bois vieux de quatre mille ans trouvés à Port au Choix (Terre-Neuve), et dans un site semblable de Twillingate (Terre-Neuve), servaient probablement à construire des pirogues. La plupart des types d'embarcations, dont les bateaux en peau de caribou et de morse, ont existé jusqu'à l'époque historique, mais on soupçonne que l'embarcation la plus efficace, le canot d'écorce, a été créée il y a environ 3000-3500 ans. La disparition il y a environ 3500 ans de la gouge utilisée pour évider les rondins vient confirmer cette théorie.

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Photo du début du XXe siècle montrant comment on garantissait l'étanchéité des coutures d'un canot mi'kmaq à Burnt Church (Nouveau-Brunswick).

Les Mi'kmaqs, les Beothuks de Terre-Neuve et les Malécites/Passamoquoddys utilisaient tous une variante ou l'autre du canot en écorce de bouleau.

Les Mi'kmaqs conçurent plusieurs styles d'embarcations en écorce de bouleau convenant à la fois aux grandes étendues d'eau et aux rivières. Le canot d'écorce de sept à neuf mètres, qui va en mer, avec son avant et son arrière arrondis distinctifs et ses plats-bords centraux élevés, est caractéristiquement mi'kmaq. Il était suffisamment fiable pour traverser le golfe du Saint-Laurent entre Terre-Neuve et le cap Breton, en Nouvelle-Écosse. Une version plus courte, de quatre à six mètres de longueur, était plus facile à manipuler et plus légère, et convenait particulièrement aux cours d'eau et aux baies côtières et estuaires protégés.

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Le canot beothuk de Terre-Neuve ressemble à celui des Mi'kmaqs, mais sa proue et sa poupe sont en pointe. Il était parfait pour naviguer sur l'océan ainsi que pour la pêche au large et la chasse aux oiseaux sur les îles.

Tout comme le canot mi'kmaq, le canot d'écorce beothuk pouvait affronter la haute mer et se rendre jusqu'à des îles au large à la recherche d'oiseaux et de mammifères marins. Les plats-bords élevés empêchaient l'embarcation de s'emplir d'eau quand on tirait des phoques et d'autres animaux hors de l'eau.

 

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Les Malécites qui vivaient à l'intérieur des terres ont conçu un canot d'écorce de bouleau léger et fuselé idéal pour franchir les cours d'eau, les portages et les lacs intérieurs. Ces canots ont été photographiés au XIXe siècle dans le nord du Nouveau-Brunswick.

Le canot malécite, que l'on manœuvrait avec des pagaies ou des perches, était léger, stable et idéal pour les cours d'eau et les lacs peu profonds du Nouveau-Brunswick et du Maine. Le rabat d'écorce protecteur, ou wulegessis, sur l'avant et l'arrière était un caractère distinctif. Il était souvent décoré d'une marque ou d'un symbole personnel du propriétaire ou du constructeur du canot. Nombre des canots de plaisance d'aujourd'hui s'inspirent de plans malécites.

La pêche dans les estuaires et les cours d'eau Les peuples autochtones de toutes les régions du Canada atlantique dépendaient beaucoup d'un vaste éventail de ressources ichtyques ou marines accessible toute l'année dans les estuaires côtiers et leurs affluents.

Un estuaire est la partie d'un fleuve où son courant rencontre la mer. Les marées affectent tant les fleuves que les estuaires salés, souvent loin de l'océan. À l'époque antérieure aux contacts et à l'époque historique, les endroits, en amont, où la marée commençait à se faire sentir étaient souvent l'emplacement de lieux de pêche, de campements ou de villages. Des endroits comme Red Bank, sur la rivière Miramichi, est de vivantes localités où la pêche demeure une importante activité saisonnière. Au lieu Oxbow, qui se trouve au point où la marée commence à se faire sentir, les saumons et les gaspareaux sont pêchés lors de leurs migrations saisonnières depuis des milliers d'années.

Un autre endroit de ce genre est Aucpac, village malécite d'époque historique situé juste en amont de Fredericton, sur le fleuve Saint-Jean. Autrefois important campement de pêche saisonnier, il se trouve à près de 100 km dans l'intérieur des terres, au point extrême où la marée se fait sentir. C'était également la limite en amont du frai du bar rayé, espèce d'eau salée qui ne remonte en amont qu'à la limite des marées. Lors de leur frai printanier, les bars rayés étaient capturés en grand nombre à la lance et au filet.

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Pendant des milliers d'années, les estuaires, comme celui de la rivière Tracadie dans le nord-est du Nouveau-Brunswick, ont été d'excellents lieux de pêche pour les Autochtones. Les Acadiens utilisent aujourd'hui ce piège à poissons pour l'anguille et le gaspareau.

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L'important site archéologique Oxbow, sur les bords de la rivière Miramichi du Nord-Ouest, dans le nord-est du Nouveau-Brunswick, a été pendant 3000 ans un lieu de pêche fréquenté par les Autochtones. Le nom traditionnel du site est Metepenagiag, et c'est là qu'habite aujourd'hui la Première nation mi'kmaq de Red River.

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Les fouilles effectuées sur le site Oxbow ont permis de découvrir diverses couches d'occupation descendant à une grande profondeur et couvrant 3000 ans. Les inondations saisonnières provoquent des amoncellements de sédiments limoneux responsables de l'étonnant effet de stries entre les divers niveaux d'occupation.

On trouvait communément des lagunes peu profondes protégées à l'entrée des estuaires à marées, par exemple le long de la côte est du Nouveau-Brunswick et du Cap Breton. Elles procuraient une autre source de poissons d'eau douce et d'eau salée abondants et facilement accessibles.

Des barrages faits de branches tressées étaient construits à travers les étroits chenaux d'estuaire pour attraper des poissons.

Les archéologues ont trouvé de nombreuses haches de pierre le long des rives des rivières et des estuaires. Elles servaient à tailler des perches et à fabriquer des pirogues.

On se servait largement de filets de fibres végétales et de tendons. Les vestiges en sont rares, mais des comptes rendus historiques en font la description et des chroniqueurs européens anciens en font mention.

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Les Malécites de la basse et de la moyenne rivière Saint-Jean se réunissaient traditionnellement en un important lieu de pêche, Aukpaque. Les bancs saisonniers de bars d'Amérique et de saumons effectuant leur montaison étaient une source essentielle de nourriture.

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Des étendues d'eau peu profondes et protégées, les barachois, qu'on trouve le long des côtes nord-est du Nouveau-Brunswick et du cap Breton, constituaient des lieux de pêche très poissonneux pour les Autochtones.

La vie de la marée : la zone intertidale Les nombreux rivages, baies et îles côtières protégés du Canada atlantique sont moins exposés aux éléments. Les secteurs côtiers connaissant de fortes marées tels que la baie de Fundy du Nouveau-Brunswick et de Nouvelle-Écosse étaient particulièrement riches en vie marine.

Les coquillages - ainsi que des aliments séchés et fumés - constituaient toute l'année une partie essentielle du régime autochtone sur ces côtes. On pouvait facilement ramasser à marée basse des mollusques et d'autres plantes et animaux comestibles qui constituaient une source importante de protéines pendant le long hiver.

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Diverses sortes de haches en pierre étaient utilisées pour fabriquer des pièges à poissons et d'autres objets associés à la pêche. Ces deux spécimens ont été trouvés dans l'estuaire de la Tracadie, au nord-est du Nouveau-Brunswick, et ont entre 800 et 3000 ans.

On jetait les coquilles, lesquelles, avec le temps, formaient de gros amas atteignant souvent plusieurs mètres de profondeur. On en trouve dans de nombreuses parties des Maritimes et de Nouvelle-Angleterre. Au Nouveau-Brunswick, la baie Passamaquoddy, où se produisent les marées les plus fortes du monde, contient des centaines de tels sites. Les couches multiples de sol et de coquilages de ces amas montrent que la région a été régulièrement fréquentée au moins au cours des 3000 dernières années. Les coquillages sont ceux de clams, d'huîtres, d'oursins, de modioles, de pétoncles, de moules bleues, de buccins, de patelles, de bigorneaux, de saxicaves et d'anatifes.

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Un archéologue examine un dépôt de coquillages sur le site archéologique de la baie Passamaquoddy au Nouveau Brunswick datant de la fin de la période pré-contact entre les Premières nations et les Européens.

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Cette photographie du XIXe siècle montre un campement de wigwams d'Algonquins de l'Est typique du Nouveau-Brunswick. (Photographe inconnu, publiée par J. &A. McMillan, Collection du Nouveau Brunswick.

Les amas de coquilles racontent une histoire complexe. Ces os, pierres, coquilles et morceaux de céramique nous révèlent l'âge du site ainsi que la saison où il était fréquenté. Ils nous fournissent aussi des indices sur le régime alimentaire des habitants ainsi que sur leur technologie et leurs activités quotidiennes. L'alcalinité élevée attribuable au calcium des coquilles crée un environnement unique préservant des matières organiques telles que les os d'animaux terrestres et marins ainsi que les outils jetés.

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Sur ce site archéologique de la baie Passamaquoddy, au Nouveau-Brunswick, on peut voir le tracé circulaire d'une maison d'hiver en terre vieille de 1500 ans. La maison est entourée d'amas de coquillages jetés

Les Autochtones façonnaient des bâtons de bois ou d'os pour creuser à la recherche de clams enfouis dans le sable. On emmenchait des outils sculptés affûtés sur un bâton et on s'en servait « à la manière d'une houe ».Des températures plus douces et un accès plus facile à la nourriture encourageaient les gens à s'installer sur la baie Passamaquoddy pendant les mois d'hiver. Les habitations étaient normalement du même type que les wigwams des Algonquins de l'Est, mais étaient plus solidement construites et enfoncées dans le sol pour être mieux protégées des éléments.

La rencontre de deux mondes Les contact des Européens avec les peuples autochtones aux XVe et XVIe siècles entraînèrent des changements sociaux, culturels et technologiques qui eurent des conséquences économiques et sociales irréversibles sur leur vie et les ressources ichtyologiques.

Malgré l'introduction d'articles commerciaux tels que des marmites de cuivre et des outils de fer à partir des XVe et XVIe siècles, les méthodes de pêche et le mode de vie traditionnels n'ont guère changé avant le XXe siècle. Toutefois, l'accessibilité de plus en plus limitée, voire l'inacessibilité totale, des lieux de pêche traditionnels, et la diminution de la mobilité en raison de la création des réserves, privèrent nombre de communautés amérindiennes de ressources de pêche. Ces changements forcèrent de nombreux hommes à mettre à profit leur connaissance de la chasse et de la pêche ainsi que de l'environnement naturel pour devenir guides pour les chasseurs et pêcheurs sportifs.

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Ces artefacts exhumés par des archéologues dans un site beothuk du XVIIIe siècle, au centre de Terre-Neuve, donne un aperçu de leur culture matérielle. La pierre était encore utilisée pour fabriquer les pointes de flèches, alors que les lances pour pêcher étaient confectionnées à partir de fer européen récupéré et recyclé. Des morceaux de céramique étaient perforés et utilisés comme boucles d'oreille.

Les Beothuks : la lutte pour la survie Bien que les Beothuks de Terre-Neuve fussent l'un des premiers groupes autochtones rencontrés par des Européens, il n'y eut guère d'interaction entre eux pendant plus de trois siècles.

Des objets faits de matières premières locales et européennes ont été exhumés dans une maison beothuk (mamateek) du milieu du XVIIIe siècle à Red Indian Lake, dans l'intérieur occidental de Terre-Neuve. Les Beothuks avaient récupéré des métaux jetés dans des campements de pêche et des villages non autochtones et les avaient retravaillés pour en faire des outils de pêche et de chasse traditionnels. À l'aide de marteaux de pierre et d'autres outils de pierre ou de métal, on avait découpé des morceaux de métal dans des lames de hache, des bouilloires et des objets tels que des charnières et des clous. En le martelant, en le découpant et en l'affûtant au moyen d'une pierre à aiguiser, on avait transformé le métal découpé en un assortiment d'instruments de style traditionnel soigneusement façonnés.

Les Beothuks constituent un exemple éloquent d'une culture en transition. L'interaction avec les marchands et les pêcheurs demeura dans une grande mesure empreinte d'hostilité jusqu'à la mort du dernier Beothuk connu en 1829.

Les pêches aujourd'hui : une ressource en crise Les ressources ichtyques dont ont vécu les communautés du Canada atlantique pendant des milliers d'années se sont amenuisées au cours des cinq derniers siècles et, dans certains cas, ont totalement disparu du fait de la surpêche. La concurrence pour des ressources maintenant rares a créé une crise croissante dans les pêches de l'Atlantique.

Depuis plus de dix ans, des groupes autochtones des quatre coins du Canada atlantique vivant dans les réserves ou hors de celles-ci participent activement avec divers ordres de gouvernement à l'élaboration de programmes de conservation et de gestion des stocks de poissons.

On trouve des exemples de ce partenariat dans de nombreuses communautés autochtones à travers le Canada atlantique. Par exemple, au Nouveau-Brunswick, au sein de la Première nation de Red Bank, des pêcheurs travaillent depuis plusieurs années à conserver, contrôler et gérer la pêche au saumon par le biais de programmes d'empoissonnement et de pêche.
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Les Premières nations mettent sur pied des programmes de conservation ingénieux et réussis partout dans le Canada Atlantique. Le village de Conne River, dans le sud de Terre-Neuve, utilise des méthodes de pêche tant traditionnelles que modernes pour préserver les stocks pour les générations futures.

Les Mi'kmaqs de la Première nation Miawpukek, à Conne River, dans le sud de Terre-Neuve, sont un autre exemple. Depuis le début des années 1990, les Miawpukek de Conne River ont mis en œuvre un plan de gestion des pêches qui réunit diverses initiatives, notamment d'amélioration de la conservation, de pêche, de protection et d'application des règlements. Aujourd'hui, à Conne River, les Miawpukek poursuivent leur tradition d'exploitation des ressources alimentaires de la mer grâce à ces initiatives.

Les poupées des premières Nations

Mon peuple a toujours fabriqué des poupées », de répondre un créateur de poupées autochtone quand on lui demande de raconter l'histoire de la confection des poupées chez les Premières Nations. Puisque ces poupées se composaient habituellement de matériaux naturels, tels le bois, le cuir, la fourrure et la spathe de maïs, qui se décomposent dans les climats tempérés, il en reste peu d'exemplaires.

Les poupées en épis et en spathes de maïs sont populaires chez les peuples des Six Nations de la région du lac Ontario qui cultivent le maïs. Les poupées en spathes de maïs, qui représentent des joueurs de crosse ou des danseurs de cerceau, sont un reflet de leur culture. Dès le XVIIIe siècle, les Algonquins fabriquent des poupées avec des têtes et des mains en cire d'abeille. Les peuples des Plaines créent des poupées en cuir et ornent leurs vêtements en cuir à franges de piquants de porc-épic. Après 1840, ils peuvent se procurer des perles européennes avec lesquelles ils remplacent les piquants.

On offre des poupées aux jeunes Montagnaises et Naskapies et on invite celles-ci à leur confectionner des vêtements pour affiner leurs talents pour la couture. Les poupées servent également de porte-bonheur, d'amulettes et de fétiches. Sur la côte ouest, les poupées salishs sont revêtues de couvertures que l'on décore de petits coquillages avant l'apparition des boutons. On obtient aussi par troc des poupées à tête de porcelaine. Après avoir parfois habillé les poupées de vêtements autochtones et les avoir déposées dans de petits porte-bébés, on les offre comme jouets aux enfants.

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Les poupées innuits de la préhistoire à nos jours

Les plus vieilles poupées trouvées au Canada ont été confectionnées, il y a environ mille ans, par les ancêtres des Inuit qui vivaient à Brooman Point sur l'île Bathurst. Les Inuit habitent l'Arctique depuis au moins deux mille ans; nous ne savons pas à quel moment de leur histoire ils ont commencé à confectionner des poupées, mais c'est certainement une tradition très ancienne.

On voit bien que ces minuscules poupées étaient des jouets. On pouvait les ranger dans une mitaine ou dans un capuchon et les transporter ainsi au gré des déplacements de la communauté en quête de nourriture. Les fillettes inuit apprenaient à couper et à coudre peaux et fourrures en fabriquant des poupées à jouer. Il fallait commencer à coudre dès l'enfance, car les vêtements chauds et imperméables étaient essentiels à la survie.

Les chasseurs inuit fixaient parfois une petite poupée à leur bateau comme porte-bonheur. Aujourd'hui, les poupées inuit sont fabriquées pour les collectionneurs et les touristes. Elles sont habituellement beaucoup plus grandes et comportent des matériaux modernes.

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Les poupées des colons confectionnées à la maison

L'étude des poupées des colons met en lumière la riche histoire des premiers pionniers canadiens. Les origines ethniques des colons, leur créativité, leur statut socio-économique, et les ressources dont ils disposent contribuent à la grande variété des poupées de l'époque.

La poupée confectionnée à partir d'une partie d'arbre est l'une des poupées les plus simples. On choisit un bout de racine ou de branche dans lequel on reconnaît une forme humaine. On y peint ou on y sculpte grossièrement un visage, puis on emmaillote le « bébé ». On utilise aussi des cuillères en bois sur le dos desquelles on peint le visage de la poupée. Pour les enfants plus âgés, on crée parfois des poupées en bois sculptées plus raffinées avec des bras et des jambes articulés.

La beauté et la résistance des poupées en tissu dépendent du talent des parents qui les fabriquent. Certaines ont de beaux visages brodés, d'autres des traits peints. Leurs cheveux sont humains ou en laine, et leurs vêtements rappellent ceux des enfants.

Le bonhomme danseur a la faveur tant des filles que des garçons. Son corps en bois est articulé aux chevilles, aux genoux, aux hanches, aux épaules et aux coudes, et on peut le faire danser à l'aide d'un bâton inséré dans son dos. Il faut beaucoup de talent pour faire bouger la poupée au rythme de la musique ou d'une chanson. C'est une des façons de se divertir avant la naissance de la télévision.

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22/11/2013
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LES INUVIALUIT DE L’OUEST DE L’ARCTIQUE

DES TEMPS ANCIENS JUSQU’EN 1902

Les Inuit qui vivent dans l'ouest de l'Arctique canadien aiment s'appeler Inuvialuit» ou les vrais êtres humains. Leur territoire s'étend des frontières de l'Alaska jusqu'au golfe d'Amundsen à l'est et à la limite occidentale des îles de l'Arctique canadien. C'est un territoire de toundra vallonné et de montagnes rocheuses élevées, traversé par le labyrinthe du delta du fleuve Mackenzie.

Les maladies infectieuses d'origine européenne ont fortement perturbé la culture traditionnelle des Inuvialuit à la fin du XIXe siècle, avant qu'on ait eu l'occasion de consigner par écrit les observations détaillées de leur mode de vie. Ce que nous savons a été glané des histoires orales traditionnelles, de la recherche archéologique, des documents rédigés par divers explorateurs du XIXe siècle ou par des marchands de fourrure ou encore par des missionnaires qui ont visité l'ouest de l'Arctique.

Le territoire

La faune constitue de toute évidence la plus grande richesse du patrimoine naturel des Inuvialuit. Leur pays est le territoire de deux grands troupeaux de caribous; la harde de la rivière Porc-épic dans le nord du Yukon et la harde de Bluenose à l'est du fleuve Mackenzie. Dans la vallée de la rivière Horton, on y trouve aussi des boeufs musqués qui autrefois débordaient de la région jusqu'à la rivière Anderson. On compte deux espèces d'ours; les ours blancs sur la côte, et les ours gris à l'intérieur. Les lacs de marmites de géants et les fondrières sont nombreux; en été les oiseaux aquatiques abondent dans toute la région.

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Au large des côtes, dans les eaux de la Mer de Beaufort, on rencontre de grosses baleines franches et deux espèces de phoques: le phoque annelé et le phoque barbu. Le belouga, une petite baleine blanche munie de dents et mesurant environ quatre mètres de long passe l'été en grand nombre dans la Mer de Beaufort. Les belougas s'attroupent par douzaines ou même par centaines aux endroits les plus riches en aliments dans l'estuaire du fleuve Mackenzie. Et les poissons d'eau douce ou anadromes sont abondants presque partout, même les espèces importantes comme le corégone tschir et le grand corégone, l'inconnu, la truite de lac, le cisco arctique et la lotte commune.

Seules les montagnes de Richardson brisent la monotonie de l'ouest de l'Arctique, généralement plat. Les rivières ont un débit plutôt lent et s'étirent en méandres; les pingos (sorte de cônes géants produits par la gelée) sont des formations terrestres caractéristiques, constituant souvent le seul relief topographique à perte de vue. Comme dans plusieurs régions nordiques qui n'ont pas connu les glaciations au cours du dernier Âge glaciaire, le territoire s'affaisse graduellement. Dans plusieurs régions, l'érosion ronge chaque année jusqu'à dix mètres de côte en une seule saison  et les îles, jadis des régions importantes d'établissements  sont maintenant inondées à chaque marée tumultueuse.

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Comparativement au reste de l'Arctique, ce pays ne manque pas de végétation. Au nord, quelques épinettes s'attardent à la limite de la marée dans le delta du Mackenzie et des hauts lacs Eskimo. D'immenses rangées de bois de dérive du Mackenzie couvrent le rivage. La péninsule de Tuktoyaktuk et le versant septentrional de la Yukon sont, en été, verdoyants d'herbes, de saules et de buissons, souvent trop denses pour les traverser à pied et infestés de moustiques. C'est seulement à l'extrême nord-est, vers Cap Bathurst, que le voyageur rencontre encore des vestiges de neige en été et une végétation parsemée comme on en trouve, par exemple, dans le centre de l'Arctique. Les hivers sont rigoureux, avec une température moyenne voisinant les -25 et -35 C en janvier ou février. Par contre, les étés ont tendance à se prolonger un bon mois comparativement au centre de l'Arctique où la fonte des glaces survient tard en juin plutôt qu'en juillet ou août. En été, les mers sont généralement dégelées vers le milieu de juilllet, et ne recommencent pas à geler avant la fin d'octobre.

Les habitants - Les villages

Aux premiers contacts des Européens au début du XIXe siècle, les Inuvialuit se composaient d'une demi-douzaine de groupes territoriaux ou nations. La plupart semble avoir eu un village principal qui servait à les identifier grâce au suffixe miui, qui signifie gens de. Par exemple, les Kittegaryumiut étaient les gens de Kittigazuit, un gros village près de l'embouchure du fleuve Mackenzie; les Avvagmiut étaient les gens d'Avvak, un village de Cap Bathurst. La taille des nations inuvialuit variait de quelques centaines à quelques milliers de personnes.

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Fouille archéologique d’une maison inuvialuit datant du milieu de XIXe siécle, à l’embouchure de la rivière Anderson

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Dessin européen d’une maison univialuit datant du milieu du XIXe siécle, à l’embouchure de la rivière Anderson

En tout il y avait au moins 2500 Inuvialuit au début du XIXe siècle, à peu près autant que le nombre total d'Inuit vivant dans le reste de l'Arctique canadien jusqu'à la baie d'Hudson. Ils vivaient peut-être dans la région la plus riche du nord du Canada et avient une densité de population plusieurs fois supérieure à celle du centre de l'Arctique. Fiers de la richesse de leurs villages, de la permanence de leurs maisons de rondins et de gazon, et de la puissance de leurs chefs, les Inuvialuit considéraient leurs voisins de l'est comme (selon le compte-rendu d'un ancien missionaire) de fieffés sauvages.

Les villages Inuvialuit se composaient typiquement d'une série de grandes maisons de rondins et de gazon partiellement enfouies dans le sol pour conserver la chaleur. C'était souvent des maisons multi-familiales cruciformes, mais il y avait aussi des habitations unifamiliales. Les murs étaient formées de perches plantées dans le sol et légèrement penchées vers le sommet pour maintenir en place le gazon qui, empilé contre le mur, servait d'isolation. Le plancher était surbaissé par rapport au niveau du sol pour favoriser la conservation de la chaleur, et l'entrée principale s’effectuait par un sas thermique encadré de bois de dérive. La chaleur et la lumière provenaient de lampes à l'huile, dont il est souvent question dans  les documents historiques, alors que les fouilles archéologiques témoignent de maisons comprenant de gros foyers intérieurs. La taille des villages variait de une à trente maisons, mais les villages les plus typiques comprenaient de trois à dix maisons.

C'était principalement des maisons hivernales mais les maisons les mieux drainées servaient aussi parfois en été; elles offraient un refuge frais et obscur contre les moustiques et le soleil incessant de minuit. Mais la plupart des gens qui se rendaient à un grand village pour la chasse estivale devait probablement vivre dans des tentes, car leur maison hivernale se trouvait ailleurs. Comme le décrivait l'explorateur Stefansson, Kittegaryuit était un gros village en été. En hiver, les gens se dispersaient.

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Les Inuvialuit vivaient aussi dans des maisons de neige, particulièrement tard en hiver lorsque leur approvisionnement automnal de nourriture était épuisé.

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Danse Inuvialuit au fort McPherson, dans les années 1870

En plus des habitats, les gros villages comprenaient aussi une maison de danse ou karigi. D'après les descriptions, ces édifices avaient de cinquante à soixante pieds de long (environ 15 à 20 mètres), une structure en bois de dérive, une entrée recouverte d'une peau de belouga, un grand foyer central, et une plate-forme longeant le mur intérieur. Lieux de cérémonies importantes, ils servaient à la danse ainsi que d'ateliers pour la réparation et à la fabrication des outils.

Les habitants - Les chefs

Les nations inuvialuit se conformaient probablement aux mêmes principes que les autres nations voisines, notamment les Inupiat (comme les Inuit ou Esquimaux de nord-est de l'Alaska aiment se désigner), que les documents nous ont fait mieux connaître. Ici une seule famille étendue, comptant souvent plus de cinquante personnes, construisait et contrôlait chaque karigi. Elle avait un chef de famille ou un chef connu sous le nom de ataniq, ou de patron. Un ataniq fortuné et riche était appelé un umialiq, un richard.

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Un chef Inuvialuit des années 1870.

Chez les Inupiat et les Inuvialuit, ces positions de commandement dépendaient beaucoup de l'habileté, de la générosité et des liens familiaux des individus concernés. Les règles régissant les liens de parenté inuvialuit étaient flexibles et s'adressaient aux gens reliés par le mariage aussi bien que par le sang. Plus l'ataniq (ou l'umialiq) était fortuné et généreux, plus la famille étendue qu'il dirigeait était susceptible de s'agrandir en accueillant d'autres gens qui choisissaient de s'y joindre. Par la logique des choses, un umialiq (ou un ataniq) fortuné n'était pas seulement perspicace et personnellement compétent, c'était un homme avec beaucoup de parents, quelqu'un qui détenait un grand potentiel d'influence. Il favorisait ainsi la tendance de rendre son rôle héréditaire, puisque un fils aîné talentueux pouvait parfois prendre la place de son père. Si l'umialiq gérait bien sa famille, elle prospérait, et aussi longtemps qu'elle prospérait il avait naturellement la main haute sur la richesse produite. Cette richesse découlait à la fois de la chasse et du commerce inter-régional qui était en grande partie contrôlé par les umialit. Par contre, un umialiq infortuné pouvait facilement perdre son influence.

Leurs pouvoirs étaient parfois considérables. Le missionnaire Whittaker a décrit un étrange Eskimau qui s'est rendu à Kittigazuit pour effectuer un paiement au chef afin d'obtenir l'autorisation de chasser. De la même façon, on rapporte que l'umialit avait le pouvoir de boycotter le commerce avec les baleinières, et d'exiger un paiement aux capitaines qui désiraient engager leur gens. Mangilaluk, qui vivait à Tuktoyaktuk et mourut en 1940, est généralement reconnu comme le dernier véritable umialiq de la tradition inuvialuit.

Les habitants - L'économie

L'économie des Inuvialuit était centrée sur la chasse et la pêche; ces deux activités formaient le noyau d'une dynamique technologique considérable. Experts à la chasse des mammifères marins, les Inuvialuit avaient deux sortes de bateaux: le kayak rapide à un seul passager et le spacieux umiaq; les deux servaient au transport et à la chasse. La chasse au belouga se faisait au kayak; souvent des douzaines d'hommes formaient une ligne et bouchaient l'embouchure de la baie, rabattant une troupe de belougas en avant d'eux. Les animaux effrayés s'échouaient dans l'eau peu profonde où les harponner à mort devenait une affaire de routine. La forme de la baie Kogmalit se prêtait particulièrement bien à ce genre de chasse.

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Un camp moderne de chasse à la baleine à l’extrémité occidentale du delta du mackenzie

La chasse à la baleine franche était autre chose; elle allait de pair avec des eaux plus profondes et des bateaux plus grands. L'umiaq était l'embarcation privilégiée pour cette activité; il était propulsé par six ou huit rameurs, souvent des femmes, et comportait un harponneur à la proue et l'umialiq lui-même au gouvernail. Les baleines franches sont habituellement des animaux lents et paisibles, facilement approchables dans leur sommeil à la surface de la mer. Le harpon qui servait à les chasser était une arme immense de deux mètres et demi de long, très pesant et comportant une tête détachable et basculante. Comme l'a décrit l'explorateur Robert M'Clure, témoin d'une chasse à la baleine au large de Cap Bathurst au milieu du XIXe siècle,

Le harponneur cible un poisson (une baleine) et plante dans sa chair une arme qui est rattachée par des lanières en peau de morse à une peau de phoque gonflée. Le poisson blessé est alors harassé sans cesse par des hommes en kayak dont les armes, logées dans la baleine, gênent ses efforts pour s'échapper et épuisent ses forces jusqu'à ce que, au cours de la journée, la baleine meure d'épuisement, au bout de son sang.

La chasse au phoque comportait des manoeuvres moins dramatiques. On utilisait diverses techniques, comprenant le harponnage en eaux libres en kayak, ou à la cheminée de respiration à travers la glace en hiver. On attrapait aussi des phoques au filet.

Les filets servaient également à la pêche. Fabriqués de fanons de baleines ou de tendons, ils étaient tendus sous la glace en hiver, ou en eaux libres en été, suspendus à des flotteurs en écorce. Lors des températures chaudes, des perches spéciales de vingt à trente mètres de long servaient à tendre les filets depuis la rive. On harponnait aussi les poissons et on les attrapait avec des crochets à travers la glace. La plupart des sites archéologiques inuvialuit sont riches en attirail de pêche et en os de poissons.

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Fouille archéologique d’un foyer è feu doux , qui servait à 
fumer la viande et le poisson. Remontant à environ 300-400 ans. des brindilles et même des feuilles se sont conservées.

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Des Inuvialuit modernes démêlant leur filet de pêche.

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Des Inuvialuit modernes revenant de la pêche.

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On chassait les oiseaux aquatiques et les rats musqués à partir de kayaks en utilisant des lance-à-oiseaux et un propulseur. On attrapait les lagopèdes au filet. Cependant, le caribou était l'animal terrestre le plus important, prisé non seulement pour sa chair, mais encore plus pour sa peau qui était nécessaire à la confection des vêtements chauds de l'hiver. Les techniques de chasse comprenaient l'embuscade avec des arcs, les battues communales, et le harponnage aux traverses des cours d'eau, en se servant aussi de kayaks. La meilleure chasse au caribou se faisait aux pieds des Richardsons, à l'ouest du Mackenzie, et dans la région des lacs Esquimaux-rivière Anderson-Cap Bathurst, à l'est. Les groupes qui, à l'instar des Kittegaryumiut, passaient la saison de chasse aux caribous à chasser le belouga devait recourir au troc pour obtenir des peaux.

Des temps anciens. Le Thuléen ancien

Du point de vue de la biologie, de la culture et de la langue, les Inuvialuit sont des Inuit, étroitement apparentés aux autres communautés inuit vivant au sommet du continent nord-américain, du détroit de Béring jusqu'à l'est du Groenland. Tous partagent une origine commune récente à une culture que les archéologues appellent thuléenne qui émergea dans le nord-ouest de l'Alaska il y a environ 1100 ans. Au cours des quelques siècles qui suivirent, les pionniers thuléens se répandirent rapidement dans tout l'est de l'Arctique dans une série de migrations qui changèrent du tout au tout la carte ethnique de l'Arctique nord-américain. Le site thuléen indubitablement le plus ancien au Canada est situé dans le sud de l'île de Banks, et remonte à environ 1000 ap.J.-C. Dans moins de deux siècles les chasseurs thuléens s'étaient répandus jusqu'au Groenland.

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Une pointe de lance vieille de 3 500 ans trouvés à la surface su sol.

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Maison  de gazon affaissé à Naujan, site célèbre d’un village Près de Répulse Bay dans l’est de l’Arctique.

Ils ne pénétraient cependant pas dans un territoire inoccupé. La plupart de l'Arctique canadien et du Groenland était le pays des Paléoesquimaux de l'est nommés Dorsétiens par les archéologues. Dans quelques dizaines d'années, sinon quelques siècles, ces derniers disparurent complètement, apparemment condamnés à l'oubli par les nouveaux arrivants plus vigoureux et plus efficaces. Le Dorsétien n'est connu que jusqu'à Dolphin, le détroit de l'Union et la côte occidentale de l'île de Victoria. On n’a découvert aucun site archéologique remontant à la période pré-thuléenne dans la partie occidentale de l'Arctique canadien; on n'a donc aucune idée claire de l'identité des gens (s'il y en avait) que les premiers immigrants thuléens ont rencontrés dans cette région.

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Autoportrait dorsétien de l’est de L’Arctique datant environ de 1500 ans.

Ces premiers ancêtres thuléens des Inuvialuit sont eux-mêmes connus plus par conjecture que par témoignage direct; l'affaissement des terres semble avoir détruit la plupart des sites archéologiques pertinents. Sur les trois cent sites documentés situés entre la frontière de l'Alaska et la baie de Franklin, seulement deux remontent indubitablement à la période thuléenne. Heureusement, le Thuléen est très bien connu dans la plupart des autres régions de l'Arctique, de telle sorte que certaines affirmations générales sont permises au sujet de la culture thuléenne en dépit de la disette locale de renseignements.

Des temps anciens. La culture traditionnelle inuvialuit

C'est clair que la culture traditionnelle inuvialuit partage des traits importants avec son ancêtre thuléen. Comme les Inuvialuit, les Thuléens jouissaient d'une culture relativement élaborée centrée sur la chasse, comportant des villages permanents de maisons hivernales de gazon, les karigis, et au moins le début d'une complexité sociale. Il y a aussi des différences nettes. Les sites thuléens sont rares ou absents même dans les régions des hautes terres non menacées par l'affaissement côtier, régions où abondent pourtant des sites inuvialuit plus récents. Il semble raisonnable de supposer que la population thuléenne était significativement plus petite que celle des Inuvialuit, et qu'elle était concentrée sur la côte, là où l'érosion et l'affaissement sont très importants.

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Fouille archéologique d’un ancien site de pêche Inuvialuit.

Les autres différences comprennent une absence d'attirail de pêche chez les Thuléens, et une orientation inuvialuit envers la chasse communale aux belougas en kayak, méthode qui transcende les moyens dont disposaient les Thuléens. L'adoption de ces deux éléments semble avoir constitué le pivot autour duquel s'est effectuée la transition de la culture thuléenne à la culture inuvialuit, événements qui, selon les plus anciennes dates au radiocarbone pertinent aux Inuvialuit, se déroula vers la fin du treizième siècle ap.J.-C.

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Ce cercle de pierres retenait autrfois  le bord inférieur d’une tente en peau.

La culture inuvialuit s'avéra efficace et stable, apparemment beaucoup plus adaptée à l'environnement riverain de l'ouest de l'Arctique canadien que ne l'était la culture de ses prédécesseurs thuléens. Depuis ses origines il y a plusieurs siècles jusqu'au contact européen cinq cents ans plus tard, on dénote très peu de changement dans l'enregistrement archéologique. Mais des changements étaient sur le point de se produire.

Jusqu'en 1902. Les explorateurs européens

Les premiers Européens à visiter le pays des Inuvialuit furent des commerçants de fourrure écossais et l'explorateur Alexander Mackenzie qui, en 1789, descendit le fleuve Mackenzie jusqu'à la mer. Malgré les précautions que prenaient ses guides déné pour ne pas rencontrer d'Inuvialuit, il a tout de même aperçu quelques camps abandonnés. Les Déné et les Inuvialuit étaient des ennemis traditionnels, et une fois dans le pays des Inuvialuit (qui traditionnellement commençait à Point Separation à la haute extrémité du delta du Mackenzie), ses guides commencèrent à être excessivement prudents; ils encouragèrent Mackenzie à s'éloigner de l'est du Canal de la rivière qui était bien peuplé et d'affronter plutôt le labyrinthe du moyen delta.

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La marine royale Britannique rencontre les Inuvialuit en 1826 (expédition de Franklin.)

En 1826, la Marine Royale Britannique, déterminée à découvrir un Passage vers le Nord-Ouest, envoya un détachement sous le commandement du Lieutenant John Franklin pour descendre la fleuve Mackenzie. À Point Separation, ce détachement se divisa en deux. L'un, sous Franklin lui-même, emprunta le Canal occidental du fleuve vers la Shallow Bay, et suivit ensuite la côte vers l'ouest en espérant atteindre Point Barrow. L'autre, sous le Dr. John Richardson, emprunta le canal oriental, et se dirigea alors vers l'est en direction de la rivière Coppermine. Les deux rencontrèrent une réception passablement hostile de la part des Inuvialuit, et évitèrent de justesse une effusion de sang (et un massacre potentiel). On doit les plus anciennes descriptions détaillées et écrites des Inuvialuit à cette deuxième expédition de Franklin, spécialement grâce à Richardson, observateur intelligent et parfois sympathique.

La vague suivante d'explorations dans la région a été provoquée par la troisième expédition de Franklin, lancée en 1845 et déclarée perdue en 1848. John Richardson retourna dans l'ouest de l'Arctique à la recherche, mais en vain, de son ancien commandant; ils descendirent le fleuve Mackenzie et voyagea vers l'est encore en direction de Coppermine. Les capitaines M'Clure, Pullen, et McClintock le suivirent. Les trois rencontrèrent des Inuvialuit et laissèrent des journaux qui ont été publiés. Dès le début des années 1850, les côtes du pays des Inuvialuit étaient bien explorées (quoique l'existence des lacs Eskimo fût encore un sujet de vive controverse) et on pouvait deviner que le changement culturel pointait à l'horizon.

Jusqu'en 1902. Le commerce avec les Européens

Le commerce indirect avait déjà largement répandu les biens de commerce européens. Les marchandises en fer des Russes étaient en circulation vers la fin du XVIIIe siècle, transportées dans l'est par le détroit de Béring et par l'intermédiaire des Inupiat alaskains. À ces biens de commerce indirect s'ajoutaient, vers la fin des années 1820, les marchandises de la Compagnie de la Baie d'Hudson, dont le commerce suivait la rivière à partir du fort Good Hope (établi en 1826) et était effectué par les commerçants des Indiens du Lièvre.

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En 1840, la Compagnie de la Baie d'Hudson établit un poste à la rivière Peel (appelé le fort MacPherson par la suite) sur la basse rivière Peel juste en amont de Point Separation. Pendant ses dix premières années d'existence, il n'attira que des Gwich'in; les Inuvialuit demeuraient réticents au commerce direct. Mais au début de la décennie de 1850, ils commencèrent à visiter le fort en nombre toujours croissant. Ce commerce a entraîné un effet bénéfique immédiat, voire la suspension des hostilités envers les Gwich'in, même si les deux demeurèrent réciproquement suspicieux et méfiants.

La grande partie de ce nouveau commerce impliquait des peaux de renards blancs et rouges, échangées contre des objets tels que des hameçons en métal, des perles de verre, des chaudrons en métal (souvent découpés pour servir de source de métal), des couteaux en fer, des hachettes, et par-dessus tout du tabac. Initialement la Compagnie de la Baie d'Hudson, tout comme leurs alliés déné, craignaient les Inuvialuit qui étaient plus enclins à la guerre que les autres Inuit canadiens. Pour cette raison la vente des armes à feu fut expressément interdite mais, dans les années 1850, les Inuvialuit mirent la main sur quelques fusils, provenant principalement des Indiens du Lièvre qui entretenaient de meilleurs rapports avec les Inuvialuit de l'est que les Gwich'in à l'égard des habitants du fleuve Mackenzie. Vers les années 1870, ce moratoire fut aboli et l'usage des fusils commença à devenir régulier. Ce qui ne fut cependant pas le cas de l'alcool dont l'attitude négative des anciens Inuvialuit à son endroit n'en favorisait apparemment pas le stockage en grande quantité dans aucun poste éloigné du nord.

Jusqu'en 1902. La fermeture du fort Anderson

En 1861, la Compagnie de la Baie d'Hudson amplifia ses activités dans la région et ouvra le fort Anderson sur la rivière Anderson, visant exclusivement le commerce Inuvialuit. C'était dans le but, qui a d'ailleurs été couronné de succès, d'amener les Inuvialuit de l'est dans l'orbite directe de la Compagnie. Ces Inuvialuit de l'est «redoutaient leurs concitoyens turbulents» qui vivaient dans la région du fleuve Mackenzie et qui dépendaient toujours du commerce indirect avec les Indiens du Lièvre plutôt que de visiter le poste de la rivière Peel. Ils en vinrent donc à visiter le fort Anderson et le poste eut du succès pendant les premières années. Cependant, en 1866, on l'abandonna en raison de la diminution des revenus et de la difficulté des approvisionnements par voie terrestre depuis le fort Good Hope. Les ordres de l'abandonner furent transmis secrètement pour éviter la colère des Inuvialuit, selon la remarque même du chef Factor Hardisty, on devrait prendre soin que les Esquimaux ne perçoivent aucun signe de nos desseins avant de partir pour la côte de la mer.

Les raisons de cette colère ne sont pas difficiles à deviner. L'année précédente la région de la rivière Anderson avait été frappée par une sérieuse épidémie d'une maladie contagieuse, probablement la rougeole. D'après le missionnaire Émile Petitot. À cause de la rougeole tous les Esquimaux fuyaient les rives de la rivière Anderson et cherchaient refuge sur les rives de la baie de Liverpool et de la baie Franklin. Il y eut 28 décès de la rougeole sur la rivière Anderson et personne ne peut dire combien décédèrent sur la côte de la mer Arctique. La Compagnie de la Baie d'Hudson rapporta que les Esquimaux étaient exaspérés contre les Blancs, à cause du nombre de personnes décédées de la rougeole et qu'ils imaginaient le mauvais sort des Blancs d'en être la cause.

La fermeture du fort Anderson semble avoir causé une rupture réelle de l'économie chez ceux qui étaient maintenant accoutumés à la Compagnie de la Baie d'Hudson et à ce qu'elle avait à leur offrir. Au lieu de retourner à un commerce à basse échelle avec les Lièvres, même les Inuvialuit de l'est commencèrent alors à faire le trajet annuel au poste de la rivière de Peel. En 1866, l'année de la fermeture du fort Anderson, Petitot compta 250 Esquimaux de l'Anderson au poste de la rivière de Peel. L'identité du groupe semble avoir été sur le point de s'embrouiller; vers l'hiver 1870, on rapporta que les bandes du fleuve Mackenzie et de l'Anderson hivernèrent ensemble, les deux frappées de maladie et campèrent sur la glace à chasser le phoque. L'année suivante, ils furent victimes d'une épidémie de petite vérole, et année après année, les victimes augmentaient. Nous mourons tous, rapporta un chef inuvialuit dans les années 1870, on s'éteint progressivement de jour en jour.

Jusqu'en 1902. L'isolement des Inuvialuit

Ce fut durant la période des opérations de la Compagnie de la Baie d'Hudson au fort Anderson que les Inuvialuit furent pour la première fois exposés à la chrétienté, quoique il est douteux qu'ils en aient été conscients. Le missionnaire catholique romain Émile Petitot a fait plusieurs tentatives brèves mais déterminées à faire du prosélytisme dans les années 1860 et 70, mais en vain. Un missionnaire anglican, William Bompas, visita aussi les Inuvialuit (en 1870?), mais aussi très brièvement, tel un espion sondant le territoire.

En dépit d'une dépendance économique étroite avec la Compagnie de la Baie d'Hudson, en dépit de plusieurs épidémies de maladies et d'autres changements culturels considérables, les Inuvialuit demeuraient encore à différents points de vue très à l'écart du monde extérieur, même dans les années 1880. Plus spécifiquement, ils n'avaient reçu que de très rares visites dans leur pays de la part d'étrangers. Petitot et Bompas sont ceux qui, à notre connaissance, ont même passé la nuit dans une maison inuvialuit; ils étaient certainement des invités peu fréquents.

Dans les négociations avec la Compagnie de la Baie d'Hudson, c'était les Inuvialuit qui voyageaient, puisque la rivière de Peel et même le fort Anderson étaient situés hors du territoire traditionnel inuvialuit. Le comte anglais de Lonsdale, un explorateur frauduleux à plusieurs titres, fut probablement le premier européen à mettre le pied à Kittigazuit, aussi récemment qu'en 1888. Mais cet isolement relatif (au moins dans leu propre pays) ne devait pas durer.

Jusqu'en 1902. L'arrivée des baleiniers

En 1889, l'année après la visite de Lonsdale, le premier baleinier pénétra dans les eaux de l'Arctique canadien, rattaché à la flotte de baleiniers de la mer américaine de Beaufort basée à San Francisco et Seattle. On rapporta que les baleines franches fourmillaient comme des abeilles, et vers 1894 quinze baleiniers hivernèrent à l'île Herschel. Certains hivernèrent jusqu'au Cap Bathurst et la baie de Franklin et en 25 ans, de 1890 jusqu'à la première guerre mondiale, ils attrapèrent environ 1500 baleines franches dans les eaux canadiennes. Par le fait même, et en dépit d'intentions souvent amicales, ils détruisirent la culture traditionnelle des Inuvialuit et furent responsables du quasi extermination de ce peuple. Les baleiniers avaient percé l'isolement des Inuvialuit.

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L'impact des baleiniers a touché presque tous les aspects de la vie. Ils étaient capables d'importer de larges quantités de marchandises de commerce peu coûteuses, débordant de plein flanc la Compagnie de la Baie d'Hudson avec ses routes intérieures d'approvisionnement. En 1893 (?) à l'ouest du Mackenzie, le voyageur Frank Russell rencontra des Inuvialuit qui s'étaient rendus à l'île Herschel pour commercer avec les baleiniers. Ils avaient plusieurs grands sacs de farine (autant que le stock annuel de certains postes nordiques), une nouvelle tente en toile, du sirop et du café (des items plutôt inconnus à l'intérieur des terres). Les baleiniers en arrivèrent rapidement à supplanter les umiaqs traditionnels, les carabines à répétition devinrent d'un usage commun, et même les vêtements étaient importés. Russell décrit les Inuvialuit à l'île Herschel habillés de chapeaux à large bord, et de pantalons de flanelle rouge serrés par dessus leurs pantalons en peaux de chevreuil. La fouille d'une maison inuvialuit à l'île Herschel datant des années 1890 n'a livré qu'un seul item de fabrication artisanale. L'alcool a été reçu avec enthousiasme au point que l'île Herschel devint rapidement une ruche de débauche.

À cette époque, les animaux qui supportaient l'économie traditionnelle étaient décimés. Les baleines franches, la denrée principale de plusieurs Inuvialuit, disparut presque complètement, et les troupeaux locaux de caribous accusèrent un déclin subit. Heureusement les stocks de poissons et de belougas ne furent pas sérieusement menacés, et il y eut peu de famine extrême.

Jusqu'en 1902. L'arrivée des Nunatamiut

Sur la trace des baleiniers arrivèrent en grand nombre les Inupiat d'Alaska, connus sous le nom de Nunatamiut (gens de l'intérieur) car beaucoup venaient du nord intérieur de l'Alaska. L'équipage des baleiniers considérait que les Inuvialuit étaient de piètres chasseurs de caribous et préférait plutôt engager des chasseurs de caribous alaskains pour assurer leur approvisionnement en hiver. Les besoins étaient si importants que, durant l'hiver de 1894/95, la plupart des habitants de Point Barrow, en Alaska, et presque 100 personnes de Point Hope voisin, ont été employés par les baleiniers à l'île Herschel. Beaucoup de Nunatamiut fuyaient en fait un effondrement de la population de caribous dans l'ouest de l'Alaska, un désastre qu'ils semblaient apporter avec eux.

Les rapports entre les Nunatamiut et les Inuvialuit n'ont pas été très harmonieux de prime abord. On n'appréciait pas les Nunatamiut parce qu'ils utilisaient du poison pour le piégeage, et les violentes représailles, quoique formulées, n'étaient jamais exécutées.

Une histoire traditionnelle Inuvialuit de cette période raconte que les Inuvialuit avaient remarqué que les Nunatamiut se déplaçaient vers l'est dans le delta du Mackenzie. Par crainte que les Nunatamiut découvrent l'excellente chasse qu'offrait le troupeau de caribous Bluenose à l'est du fleuve, un chaman inuvialuit fit dévier le troupeau pour le cacher. Malheureusement, il le cacha si bien que le troupeau prit plusieurs années avant de retourner à son ancien habitat.

Jusqu'en 1902. Les missionnaires

Les missionnaires chrétiens arrivèrent plus nombreux dans le sillage des baleiniers, principalement des anglicans cette fois, et leurs efforts donnèrent de meilleurs résultats que ceux de Petitot et de Bompas une génération plus tôt.

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Des Inuvialuit à l’église Shingel Point 1914.

En 1892, le Révérend Stringer commença à visiter régulièrement les Kittigazuit et deux ans plus tard lui et son successeur, Charles Whittaker, établirent des missions permanentes à Kittigazuit, à l'île Herschel, à Shingle Point et à d'autres endroits.

Les enseignements des missionnaires eurent bientôt un profond effet sur le système de croyances autochtone, et vers 1898 Stringer avait une congrégation de vingt à trente personnes à l'île Herschel. Le premier baptême, cependant, n'eut pas lieu avant 1909.

Jusqu'en 1902. - Les épidémies

Le pire cadeau des baleiniers fut la maladie. Quoique les documents ne rapportent pas tous les détails, les Inuvialuit semblent avoir souffert de plusieurs épidémies durant les années 1890, atteignant un sommet lors de deux épidémies dévastatrices de rougeole en 1900 et en 1902. Kittigazuit et d'autres villages ont été abandonnés à ce moment, et les rapports policiers indiquent que la population inuvialuit a tombé d'environ 2500 personnes au début du XIXe siècle à 250 personnes en 1905, réduite de nouveau à 150 vers 1910. Un survivant, Nuligak, se souvient.

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Femme Inuvialuit 1901.

Cet été là les Kitigaruit tombèrent malades et plusieurs moururent. Presque toute la tribu périt, parce que seulement quelques familles survécurent. Pendant ce temps, deux Esquimaux passèrent tout leur temps à ensevelir les morts. Les cadavres étaient déposés sur le sol sans cercueil, tels qu'ils étaient. Comme je ne pouvais pas les compter, je ne m'aventurerai pas à donner un nombre; mais je sais que lorsque les gens laissèrent Kiklavak (sur la côte orientale de l'île Richards) ils n'étaient qu'une poignée comparativement au nombre qu'ils avaient été. C'était en 1902.

L'hiver arriva, et un jour on vit, au loin sur la glace, une immense meute de loups se dirigeant vers l'est. Il y avait tant de loups que le dernier se trouvait encore en face de nous alors que les premiers avaient déjà disparu à l'horizon à l'est. On disait qu'ils avaient fait un festin de tous les corps qui avaient été abandonnés dans le pays de Kitigariuit.

La survie

De toute façon les Inuvialuit ont survécu, et avec des meilleurs services médicaux, quelques immunités naturelles chèrement acquises, un bon nombre de Nunatamiut et plus d'inter-mariages exotiques, la population avait rebondi à environ 3000 personnes, probablement un peu plus que la population originale de la région au moment du contact européen cent cinquante ans plus tôt.

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Récemment ces cinq communautés, avec le petit village de l'Arctique central de Holman sur l'île Victoria, se sont fusionnées pour signer une entente territoriale avec la Gouvernement fédéral canadien. Appelée Entente finale des Inuvialuit, elle a été signée en 1984 et règle essentiellement tout l'ouest de l'Arctique canadien. Pour la première fois en cent ans, les Inuvialuit sont de nouveau maîtres chez eux.

À propos du chercheur

David Morrison détient un doctorat en archéologie de l'Université de Toronto et il est conservateur de l'archéologie des Territoires du Nord-Ouest (District de Mackenzie) au Musée canadien des civilisations.

Il est l'auteur de plusieurs livres et publications scientifiques sur l'histoire et la culture Inuit. Il a aussi fait vingt ans de recherche sur le terrain dans l'Arctique.

Les Inuit qui vivent dans l'ouest de l'Arctique canadien aiment s'appeler Inuvialuit ou les vrais êtres humains. Leur territoire s'étend des frontières de l'Alaska jusqu'au golfe d'Amundsen à l'est et à la limite occidentale des îles de l'Arctique canadien. C'est un territoire de toundra vallonné et de montagnes rocheuses élevées, traversé par le labyrinthe du delta du fleuve Mackenzie.

Les maladies infectieuses d'origine européenne ont fortement perturbé la culture traditionnelle des Inuvialuit à la fin du XIXe siècle, avant qu'on ait eu l'occasion de consigner par écrit les observations détaillées de leur mode de vie. Ce que nous savons a été glané des histoires orales traditionnelles, de la recherche archéologique, des documents rédigés par divers explorateurs du XIXe siècle ou par des marchands de fourrure ou encore par des missionnaires qui ont visité l'ouest de l'Arctique. 


18/11/2013
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PHOTOGRAPHIE D’AMÉRINDIENS

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               JOUETS ET OBJETS DE CURIOSITÉS L’ART INNUIT

Afin de cartographier les régions du Canada encore inconnues, la Commission géologique du Canada envoya une succession d'explorateurs dans le nord du Labrador et autres régions de l'Arctique canadien à partir des années 1850.

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Portrait d’A. P. Low, 1929. Albert Peter Low fut le commandant de l'expédition du Neptune en 1903-1904.

En 1903-1904, Albert Peter Low (1861-1942), géologue expérimenté de la Commission géologique du Canada, entreprend une expédition scientifique dans l'Arctique à bord du bateau à vapeur Neptune. Il a pour mission d'explorer et de cartographier les eaux et les îles de la baie d'Hudson et les terres plus au nord afin d'affirmer l'autorité fédérale sur la région. Low remonte la côte du Labrador jusqu'au chenail Cumberland, puis il gagne Fullerton Harbour, au nord de l'inlet Chesterfield, où il passe l'hiver. Un petit détachement de la police à cheval du Nord-Ouest débarque alors pour établir le premier poste de police du nord de la baie d'Hudson.

Pendant dix mois, Low et ses scientifiques effectueront des études géologiques. Ils photographieront et consigneront des données sur les Inuits de la côte ouest de la baie d'Hudson et de l'île Southampton. L'été suivant, Low se rend plus au nord et prend possession officiellement des îles Ellesmere, Beechey et Somerset au nom du Canada.

Ces explorateurs rapportèrent des spécimens de la flore, de la faune, des pierres et des minéraux, ainsi que des objets ethnographiques acquis auprès d'Inuits habitant dans ces régions. On y retrouve de petits articles qui ressemblent à des jouets et à des répliques en miniature. Y figurent également des articles touristiques qui ont été créés spécialement pour le troc pratiqué entre les Inuits et leurs visiteurs. Les collectionneurs appellent souvent ces petits articles de troc des « objets de curiosité ».

Des commerçants de la baie d'Hudson, des missionnaires, des médecins et des officiers de la GRC ont également contribué à la présente collection. Ils ont obtenu des objets de curiosité durant leur travail dans le Nord. Alors que les médecins recevaient de petits cadeaux de patients reconnaissants, les gendarmes troquaient avec les Inuits lorsqu'ils patrouillaient les camps éloignés en traîneau à chiens ou en bateau.

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Petit phoque, 1916. Aux environs de Chesterfield Inlet, Acquis par l'anthropologue danois Christian Leden au cours de son expédition dans le Keewatin, de 1913 à 1916.

En plus d'objets de curiosité, les Inuits façonnaient des objets pour leur usage personnel, ce qui exigeait de l'adresse et une sensibilité artistique. Pour fabriquer des jeux, des amulettes et des leurres à pêche, ils sculptaient des animaux en ivoire. Aussi, ils enjolivaient et décoraient des porte-aiguilles, des peignes, des ornements pour cheveux et des boutons, et habillaient des poupées de petites filles avec des retailles de peau. Les Inuits du Cuivre décoraient les poignées d'ivoire pour sacs avec d'élégants motifs géométriques.

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(Ornement esquimau), 1880. Région de l'île Marble, côte ouest de la baie d'Hudson, Nunavut ivoire 1,5 x 3 x 2 cm.

Alors que les vêtements des Inuits ont suscité beaucoup d'intérêt chez les chercheurs, les objets de curiosité et autres objets décorés de cette période ont été grandement délaissés. Nous espérons que cette sélection de la collection du Musée encouragera davantage de recherche et d'étude dans ce secteur.

Les amulettes

La fabrication d'amulettes était l'un des modes d'expression artistique des Inuits durant la période historique. Avant l'arrivée des missionnaires, les amulettes faisaient partie de la vie quotidienne des gens.

Si l'âme humaine était considérée comme puissante et la source principale de la force de la femme et de l'homme, il y avait inévitablement des difficultés que des êtres mortels ne pouvaient résoudre seuls. Aussi, chaque Inuk était accompagné d'un esprit auxiliaire ou familier, qui lui facilitait la chasse ou autres exploits et le protégeait contre la maladie et les accidents.

Cet esprit pouvait s'incarner dans des objets portés sur les vêtements ou à l'intérieur de ceux-ci : une sculpture, une dent d'animal, une griffe, un morceau de peau ou un objet trouvé inhabituel.

D'après Boas, les types les plus communs d'amulettes étaient les plumes d'un harfang, les dents d'un ours et autres objets du genre. Pour sa part, Hawkes note : Le shaman avait souvent pour tâche, entre autres, de fabriquer des amulettes.

Dans le Labrador, une lanière de peau de phoque portée autour du poignet était une coutume presque universelle. Les pieds d'oiseaux tenaient également lieu de charmes.)

Turner soutient : Dans la région d'Ungava, certains charmes étaient portés pour repousser les attaques des esprits malveillants; d'autres servaient de souvenirs pour évoquer les parents défunts. 

Petitot, en 1876, fait mention de sculptures d'ivoire utilisées comme amulettes. Il note que les Inuits du long de la rivière Mackenzie décoraient robes et ceintures de minuscules figures d'animaux en ivoire.

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Ensemble d'amulettes, 1913-1916. Dans les environs de Chesterfield Inlet, Nunavut ivoire, tendon longueur : 15 cm .Acquis par l'anthropologue danois Christian Leden durant son expédition dans le Keewatin, de 1913 à 1916.

Même si Leden répertorie ces objets en tant que répliques en miniature d'animaux et d'anciens outils maintenant hors d'usage et peu connus, on peut présumer que de petites sculptures rattachées ensemble servaient d'amulettes avant d'être troquées. Il mentionne avoir recueilli l'ensemble auprès de la tribu des Aiviliks.

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Phoque en ivoire, 1912. Aillik Bay, près de Hopedale, Labrador ivoire 1 x 3,5 cm.  Acquis par l'anthropologue Frank Speck alors qu'il effectuait des travaux sur le terrain au Labrador.

Le trou pratiqué dans la tête du phoque indique qu'il s'agit d'une amulette, sans doute pour que la chasse aux phoques soit un succès.

Le peigne

Selon Jenness, chez les Inuits du Cuivre les peignes n'étaient pas particulièrement prisés. Bon nombre de femmes utilisaient plutôt leurs doigts, alors que celles qui en possédaient ne les utilisaient que rarement. Par ailleurs, Boas relate : Les peignes en ivoire sont très utilisés par les tribus de la côte ouest de la baie d'Hudson  La plupart des peignes modernes présentent des motifs gravés ou autres formes de décoration élaborée.

La gravure et la décoration des peignes faisaient sûrement partie des tâches attribuées aux maris chasseurs. Certains peignes ont une forme simple et sont dépourvus de parure; d'autres revêtent des formes plus recherchées et sont ornés de motifs gravés tels que des points encerclés.

Presque toutes les collections provenant des diverses régions de l'Arctique représentées dans la collection du Musée comptent des peignes. Puisque ces peignes sont passablement petits et souvent rattachés à des porte-aiguilles, il est possible qu'ils aient été utilisés dans la préparation de peaux aussi bien que pour les cheveux. Mathiassen présente plusieurs peignes dans son rapport sur la culture matérielle des Inuits d'Iglulik. Il soutient que les peignes étaient utilisés pour se coiffer et pour se débarrasser des poux. Dans certaines régions, les coiffures étaient passablement élaborées; par exemple, un chignon à l'arrière avec deux tresses croisées au-dessus des oreilles qui allaient rejoindre le chignon. Les femmes se coiffaient-elles ainsi avec des peignes aussi petits?

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Peigne, 1877? Kangiqsualujjuaq (rivière à la Baleine) ?, Nunavik ivoire 2,5 x 3,8 x 0,2 cm. Acquis par le Dr Robert Bell durant son travail sur le terrain pour le compte de la Commission géologique du Canada.

La collection du Dr Bell renferme toute une série de petits peignes élégants comme celui-ci. Les deux ouvertures dans la partie supérieure ont peut-être été conçues pour une prise plus ferme. L'utilisateur aurait pu y insérer deux doigts pour se peigner ou se débarrasser de poux.

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Peigne à cheveux, 1915. Dans les environs de Chesterfield Inlet, Nunavut ivoire, colorant noir 7,2 x 2,9 x 0,4 cm. Acquis par l'anthropologue danois Christian Leden durant son expédition dans le Keewatin, de 1913 à 1916.

Les poupées

Par le passé, les fillettes inuites âgées d'environ 10 ans confectionnaient leurs propres poupées avec l'aide d'une soeur aînée ou d'une belle-soeur.

Ces petites poupées, dépourvues de visage, étaient faites surtout de peaux et elles portaient des vêtements qu'on pouvait enlever. La poupée la plus appréciée possédait plus d'un ensemble de vêtements.

La peau de tout animal pouvait servir à la confection des poupées et de leurs vêtements : celle des chiots nouveau-nés, des siksiks, des belettes et des lemmings, ainsi que la membrane mince du cou des oiseaux.

Pour une fillette inuite, ces poupées étaient très importantes parce que, en les façonnant elle-même, elle s'initiait aux diverses techniques traditionnelles de la couture : écorcher l'animal, étirer et adoucir la fourrure, découper et coudre les peaux en vêtements.

Anaoyok Alookee, de Taloyoak.

D'abord des jouets pour fillettes, les poupées sont devenues des pièces de collection très convoitées par les visiteurs dans le Nord durant la période historique de l'art inuit. Entièrement vêtues, elles reflétaient l'habillement traditionnel d'une région donnée et servaient de modèles parfaits et de souvenirs pour cet aspect particulier de la culture matérielle inuite. Alors que les poupées fabriquées à des fins domestiques étaient de confection grossière, celles qui étaient conçues pour le troc pouvaient être passablement élaborées. Elles devraient donc être prises en considération dans toute discussion de l'art inuit historique.

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Poupée esquimaude femme avec sac), 1914. Côte est du Labrador, bois, peau de phoque, coton 28 x 11 x 2 cm.  Acquis par Ernest William Hawkes au cours d'une mission au Labrador, en 1914.

Hawkes commente ainsi les poupées qu'il a collectionnées : Elles possèdent une valeur ethnologique ajoutée car elles reflètent en miniature l'habillement d'usage dans leur région de provenance. La femme avec un sac semble presque trop parfaite pour avoir été un jouet. Aujourd'hui, on parlerait d'une sculpture souple.

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Poupée en bois, 1915. Dans les environs de Chesterfield Inlet, Nunavut bois 7 x 1,1 x 0,8 cm. Acquis par l'anthropologue danois Christian Leden au cours de son expédition dans le Keewatin de 1913 à 1916.

Cette poupée a vraisemblablement servi de mannequin qu'une fillette aurait vêtu avec les retailles de peau de caribou dont sa mère n'avait pas besoin pour sa propre couture. Elle provient de la tribu des Aiviliks.

Les portes aiguilles

Façonner des porte-aiguilles, voilà qui offrait au sculpteur inuit l'occasion d'exercer son talent d'artiste et de manifester son dévouement à l'endroit de son épouse. Ces étuis constituaient des trousses indispensables pour les travaux de couture et de raccommodage de vêtements qui occupaient sans arrêt la femme inuite. Ils revêtaient la forme d'un tube creux cylindrique ou rectangulaire renfermant un morceau de peau dans lequel on piquait les précieuses aiguilles. La pièce était attachée à un porte-dés, qui était généralement fait à partir de l'os d'une aile d'oiseau ou d'une cheville. Le tube était façonné en os ou en ivoire, et le sculpteur le décorait selon la tradition locale. Alors que les Inuits du Labrador, de la région de Baffin et de Keewatin utilisaient de l'ivoire pour construire la pièce de base, les Inuits du Cuivre se servaient de l'os de pattes de caribou.

Il est à noter que les porte-aiguilles de la côte ouest de la baie d'Hudson étaient souvent munis de plusieurs accessoires sculptés, bien que la collection du Musée n'en possède aucun exemple.

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Porte-aiguilles, 1914-1916. Région de la baie du Couronnement, Nunavut os, colorant noir  1,8 x 8,7 x 2,2 cm. Acquis par Diamond Jenness durant l'Expédition canadienne dans l'Arctique.

Cette élégante pièce de base d'un porte-aiguilles atteste le grand intérêt des Inuits du Cuivre pour la symétrie.

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Kakpik – Porte-aiguilles, 1916. Dans les environs de Chesterfield Inlet, Nunavut ivoire, tendon, peau, corne foncée 1 x 13,8 x 4,4 cm. Acquis par l'anthropologue danois Christian Leden durant son expédition dans le Keewatin, de 1913 à 1916.

Un porte-aiguilles presque identique est illustré dans le rapport de Birket-Smith sur la cinquième expédition de Thulé (vol. V).* Comme pour le porte-aiguilles de Leden, la pièce a été acquise auprès des Kenipitus, que Birket-Smith nomme Qaernimiuts. Le motif du point encerclé se retrouve sur plusieurs articles de la collection de Christian Leden, dont les peignes et les ornements de parkas.

Les leurres à pêche

Au nombre des multiples objets fabriqués pour l'usage quotidien  tels que harpons et têtes de harpons, hachettes, racloirs, chevilles, tirants et couteaux, les leurres faisaient appel à l'habileté et à l'imagination artistique du chasseur inuit. En effet, le leurre devait ressembler à un poisson pour être efficace. Les dents d'ours étaient souvent utilisées à cette fin.

Le chasseur tenait le leurre à pêche, auquel étaient habituellement attachées quelques dents amovibles, au moyen d'une ligne faite de tendon de chevreuil tressé. Debout dans la partie peu profonde de la rivière, il agitait le leurre pour capter l'attention du saumon. Lorsque le poisson s'approchait de l'appât, il le harponnait à l'aide d'un kakivak, ou foëne munie de trois crochets.

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Leurre à pêche, 1921. Inuits du Cuivre, baie du Couronnement, Nunavut dent d'ours, tendon, os  3,2 x 9,2 cm. Acquis par le capitaine Joseph F. Bernard, durant une expédition dans la baie du Couronnement sur sa goélette Teddy Bear.

Selon le style caractéristique des Inuits du Cuivre, la dent d'ours a été décorée de lignes gravées et du motif du point encerclé. L'oeil du poisson est simplement un trou perforé. Le second trou sous les petites pièces attachées servait sans doute à enfiler d'autres morceaux d'os pour simuler les nageoires du poisson.

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Leurre à pêche, 1925-1926. Kuugaruk (Pelly Bay), Nunavut os, tendon, pierre 3 x 6 x 1,3 cm. Acquis par le major Lachlan T. Burwash durant une expédition dans l'Arctique canadien pour le compte du gouvernement canadien.

Patrimoine autocthone

 L'Expédition canadienne dans l'Arctique

L'Expédition canadienne dans l'Arctique, 1913-1918, a été la première grande étude scientifique réalisée dans le Nord du Canada. Elle avait été organisée conjointement par la Commission archéologique du Canada et les Forces navales du Canada. Y participaient des spécialistes de l'anthropologie, de la biologie et des sciences de la terre. Ses mandats étaient divers. Il lui fallait d'abord explorer et cartographier la côte arctique occidentale et les îles adjacentes, puis décrire la vie quotidienne et l'habitat des personnes rencontrées, et enfin recueillir et documenter les ressources végétales, animales et géologiques de la région. Se déplaçant par bateau et traîneaux à chiens, l'équipe a subi des épreuves inimaginables, dont la perte tragique de 17 de ses membres.

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Kaiariok et sa fille Ihumatoq à Bernard Harbour, Territoires du Nord-Ouest (Nunavut)

Près de 4000 photos et 9000 pieds de film présentent les observations et les activités de l'expédition. On peut voir ici une sélection des images de la collection du Musée. Elles constituent des archives visuelles précieuses de l'Ouest de l'Arctique canadien et de ses habitants inuits au début du XXe siècle.

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Campement inuit du Cuivre près de la rivière Tree, Territoires du Nord-Ouest (Nunavut)

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Maison de neige d'Uluksoak et trois femmes inuites du Cuivre, avec des peaux de renard séchant en arrière plan, à Bernard Harbour, Territoires du Nord-Ouest (Nunavut)

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Trois hommes inuits du Cuivre avec des poissons près de Bernard Harbour, Territoires du Nord-Ouest (Nunavut)

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Kila Arnauyuk, femme inuite du Cuivre, à Bernard Harbour, Territoires du Nord-Ouest (Nunavut)

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William Beynon (1888 – 1958), un homme inlassable et talentueux, fut d'abord engagé par l'ethnographe Marius Barbeau en 1915 et travailla avec celui-ci par intermittence durant plus de quarante ans, au cours desquels il contribua largement à mieux faire connaître les Tsimshian de la côte et du sud, ainsi que les Gitskan. Bien que ne possédant pas une formation officielle en anthropologie, M. Beynon mena aussi des travaux sur le terrain au nom de plusieurs autres anthropologues et linguistes, dont l'anthropologue américain Franz Boas, du milieu à la fin des années 1930.

Né et élevé à Victoria (Colombie-Britannique), M. Beynon était le fils d'un père gallois et d'une mère Nisga'a. Même s'il fit ses études à Victoria, sa mère insista pour qu'il apprenne le tsimshian aussi bien que l'anglais. Elle lui enseigna également ses responsabilités de chef héréditaire, léguées au jeune homme par son oncle maternel. L'épouse de M. Beynon était la nièce du chef de Kitkatla et M. Beynon occupa un poste prestigieux dans la société des Tsimshians de la côte.

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Wilfred Langdon Kihn et William Beynon pêchant le saumon, Gitkinlkul (Gitanyow), Colombie-Britannique. 1924.

Engagé comme interprète par Barbeau en 1915, il occupa tôt un poste de confiance. Formé par Barbeau à écrire le tsimshian au moyen d'un système phonétique mis au point par Edward Sapir, il excellait à enregistrer et à traduire les mythes et le texte de chansons. En 1916, il menait déjà des travaux sur le terrain de manière autonome, au nom du Musée. Pour assurer sa subsistance, il travailla souvent dans les industries de la pêche et de la mise en conserve pendant les mois d'été, et poursuivit ses recherches le reste de l'année. Dans la mesure où les fonds du Musée le permettaient, il continua à travailler avec Barbeau presque jusqu'à sa mort en 1958, organisant des expéditions dans les villages côtiers et de l'intérieur, interrogeant des informateurs ainsi que des témoins visuels de festins, de rituels et de cérémonies, et traduisant et interprétant une grande variété d'histoires et de mythes familiaux des Tsimshians.

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Photographie prise à Kitkatla à l'occasion de l'investiture d'un nouveau chef Tsimshian suite au décès du chef de la maison de Séks, avril 1919.

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Photographie du campement de Marius Barbeau en 1929, sur la rive nord du Lava Lake, Cassiar, Colombie Britannique. On distingue William Beynon en arrière plan.

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William Beynon, 1947

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Enfants Inuits à cap Fullerton, Territoires du Nord-Ouest (Nunavut)

Plusieurs années plus tard, Low est nommé directeur de la Commission géologique. Son ouvrage intitulé The Cruise of the Neptune, publié en 1906, documente les populations, la géologie et la géographie observées au cours de ce périple.

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Père Jean-Marie Mouchet

Né en France en 1917, le père Jean-Marie Mouchet est membre de l'ordre des Oblats. Il a appartenu à la Résistance française et a survécu aux camps de concentration. Il arrive au Canada en 1946, puis s'installe au Yukon dans les années 50.

Le père Mouchet, constatant que les peuples des Premières nations renonçaient au nomadisme, encouragea ceux-ci à renouer avec la puissance de leurs corps et à raviver leurs liens avec le territoire. Plutôt que de les évangéliser, il leur montra à skier.

Persuadé que l'effort physique participe à l'épanouissement de la personne et au sentiment de confiance en soi, il créé le programme Territorial Experimental Ski Training (TEST). Grâce à ce programme, des skieurs Vuntut Gwitchin d'Old Crow sont devenus champions olympiques.

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Mary et Louise Frost, jeunes filles d'appartenance gwitch'in (kutchine), Old Crow, Yukon

En 1993, il a reçu l'Ordre du Canada pour un demi-siècle d'action dévouée auprès des peuples du Nord. Une de ses importantes contributions fut la mise en œuvre du programme Territorial Experimental Ski Training à Old Crow et à Inuvik.

En 2001, à 84 ans, le père Mouchet est retourné à Old Crow pour travailler, en collaboration avec la communauté, à la mise en place d'un autre programme de ski pour les jeunes.

La collection des archives du Musée canadien des civilisations comprend les 159 photos du peuple Vuntut Gwitchin prises à Old Crow par le père Mouchet dans les années 60. Ce dernier a donné ses diapositives au Musée pour faciliter la consultation et la préservation de ces images qui témoignent, pour les générations présentes et futures, et en particulier pour le peuple Vuntut Gwitchin, du mode de vie traditionnel à Old Crow au Yukon

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Groupe d'adolescents d'appartenance gwitch'in (kutchine) s'apprêtant à skier à Old Crow, Yukon

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Peter Pitseolak (1902-1973) est un artiste inuit, un historien et un pionnier de la photographie. Il vécu presque toute sa vie dans des campements traditionnels près de Cape Dorset (Kingait) sur la côte sud-ouest de l'île de Baffin, aujourd'hui le Nunavut.

Au cours de son existence, le Nord a subi de profond changements sociaux où la vie nomade a été remplacée par la vie sédentaire; le système d'appartenance familiale par le numéros d'assurance sociale; le kayak par la motoneige et le harpon par la carabine.

Redoutant de voir le savoir traditionnel les techniques de chasse, les histoires et les mythes oublié dans deux ou trois générations, Pitseolak s'est servi de la caméra pour documenter un mode de vie en voie de disparition.

Prises par un des leurs, les photos de Pitseolak offrent une perspective unique du peuple Inuit. Ses clichés le représentent lui, ses amis et sa famille dans des situations réelles, ce qui permet d'éviter les stéréotypes qu'auraient pu y percevoir le regard d'un Blanc. Il orchestrait parfois de petites mises en scènes en demandant à son sujet de porter les habits traditionnels et les armes de chasse d'une autre époque. C'était sa façon de transmettre les techniques ancestrales comme la pêche ou la trappe aux générations à venir.

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Aggeok et Udluriak Pitseolak avec Mark Tapungai et Petalassie

En 1912, Pitseolak rencontra le cinéaste Robert Flaherty. Celui-ci, un photographe qui réalisa ensuite le célèbre film Nanook of the North (1922), est à l'origine de l'intérêt de Pitseolak pour la photographie.

En 1923, Pitseolak se maria avec Annie de Kimmirut (autrefois Lake Harbour). Le couple eut sept enfants dont seules deux filles, Udluriak et Kooyoo survécurent. Annie mourut en 1939 de la tuberculose.

En 1941, Pitseolak s'installa avec Aggeok, qui sera sa compagne tout au long de cette nouvelle période de sa vie où il sera à la fois chef de camp, photographe et historien.

Pitseolak prit des photos spontanées d'Aggeok avec son amauti traditionnel, de ses enfants et des membres de sa communauté. À la maison, avec l'aide d'Aggeok, il expérimenta différentes techniques de développement et d'impression. Le travail dans une habitation permanente était beaucoup plus facile quand on pense qu'ils ont conduit leurs premières expériences de développement de photos dans un igloo pendant les expéditions de chasse, ou sous le quarmak (une grande tente soutenue par une structure de bois). Toutefois, même à l'abri dans une hutte en bois, développer des photos dans le Nord n'est pas une mince affaire. Les changements extrêmes de température et la lumière intense reflétée par la neige compliquent la tâche. Sans compter qu'il n'était pas facile de se procurer la pellicule, ni les produits chimiques nécessaires à l'opération. Ils ont néanmoins trouvé d'ingénieuses solutions pour remédier à ces problèmes techniques. Par exemple, ils ont fabriqué un filtre de lentille à l'aide d'une vielle paire de lunettes fumées, ou encore ils ont développé des photos à l'aide d'une lampe de poche recouverte d'un tissu rouge.

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Au cours des années 50, un nombre grandissant d'administrateurs du gouvernement ont afflués vers le nord amenant avec eux des nouvelles technologies : l'avion, l'hélicoptère, la motoneige, le moteur diésel, les génératrices, le logement permanent, les magasins d'alimentation, les vêtements modernes, ont transformé pour toujours la vie des gens. À force d'inciter la population inuite à s'installer dans les villages érigés par le gouvernement canadien, les campements traditionnels se sont mis à disparaître. En 1961, à 59 ans, Pitseolak quitte son campement à Keatuk et reprend son mode de vie sédentaire dans le village de Cape Dorset.

Pitseolak a raconté l'histoire de la vie inuite d'un point de vue Inuit. Son travail a servi, d'une part, à documenter les traditions inuites en voie de disparition grâce à ses clichés, à ses récits d'histoire orale et à ses archives. D'autre part, il constitue un des rares comptes-rendus directs qui témoigne d'une période de changements extrêmes dans la vie culturelle, sociale et économique de cette population.

Les photos qui sont présentées ici ne représentent qu'un petit échantillon de l'immense collection de Peter Pitseolak. Sa vie durant, il a pris plus de 2000 photos. Son travail lui a permis de dresser un portrait authentique de sa communauté de Seekooseelak.

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Mark Tapungai près d'un igloo

Famille de Peter Pitseolak:

Grand-père : Etidluie Grand-mère : Ekahalook Père : Inukjuarjuk Mère : Kooyoo Frères et soeurs: Nee, Echalook Joanasee, Annie, Paulasie, Pootoogook, Eetoolook, Pee.

Première épouse : Annie de Kimmirut (anciennement Lake Harbour) marié en 1923. Ils eurent sept enfants, mais que deux filles ont survécu ; Udluriak et Kooyoo. Annie est décédée en 1939 de la tuberculose.

Deuxième épouse : Aggeok (1906-1977)

Enfants : Udluriak (Manning), Kooyoo (Ottochie), Mary (sa fille avec Nyla deLake Harbour), Ashevak Ezekiel (fils d'Aggeok d'un autre marriage).

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Edward Sapir (1884 – 1939), ethnologue et linguiste d'origine allemande, a été engagé en 1910 pour diriger la nouvelle Division d'anthropologie à la Commission géologique du Canada (CGC) (aujourd'hui une partie du Musée canadien des civilisations). Un des plus brillants étudiants du pionnier de l'anthropologie Franz Boas, Sapir, méticuleux et très cultivé, s'est adapté à merveille la politique en usage à la Commission : une recherche originale précise basée sur le travail sur le terrain. Trois semaines après son arrivée à la CGC, il se trouvait sur l'île de Vancouver pour entamer un programme de travail sur le terrain avec les Nuu-chah-nulth (Nootka), qui devait durer trois mois et devint une étude de grande envergure échelonnée sur quatre ans.

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Carte représentant la classification par Edward Sapir des groupes linguistiques de l'Amérique du Nord, 1921.

Sapir était un homme énergique et vaillant, de sorte que la Division d'anthropologie n'a pas tardé à s'épanouir sous sa direction. En quelques courtes années, son effectif est passé d'une seule personne (Sapir lui-même) à un personnel dynamique à plein temps, complété par des spécialistes saisonniers exécutant des travaux systématiques sur le terrain, dans tout le pays, en ethnologie, en linguistique, en archéologie et en anthropologie physique. La Division avait pour objectif de recueillir des renseignements détaillés et fiables sur les cultures et les langues des Premiers Peuples du Canada, et de mener des études connexes en archéologie et en anthropologie physique. En 1910, Sapir a établi une nouvelle classification fondée sur le concept anthropologique de zone culturelle. On a préparé des expositions pour une nouvelle salle d'Anthropologie, aménagée en 1912, et lancé des programmes publics notamment de conférences.

Pendant son mandat de 15 ans à la Commission géologique du Canada, Sapir a engagé plusieurs anthropologues qui ont plus tard largement contribué à enregistrer le style de vie, les coutumes et les conceptions des Autochtones canadiens. Il y a eu notamment Marius Barbeau, un ethnologue prolifique également féru de folklore; l'archéologue américain Harlan Smith; Diamond Jenness, un des deux ethnologues employés pour diriger une expédition commanditée par le Canada dans l'Arctique; le spécialiste en anthropologie physique Francis H.S. Knowles; William Wintemberg, spécialiste de la préhistoire iroquoise; Frederick Waugh; ainsi que James Teit, un collaborateur important de Franz Boaz.

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Marius Barbeau, Mme Florence Delson Sapir, Edward Sapir et Mme Marie Ernestine (Larocque) Barbeau, Ottawa, avril 1919.

En plus d'exercer ses tâches administratives, Sapir a aussi mené d'autres recherches sur les langues en usage dans le bassin du fleuve Mackenzie et le nord de la Colombie-Britannique; il a fini par les relier à deux langues, apparemment dissemblables, de la côte du Pacifique, celles des Haida et des Tlingit. Il s'est aussi intéressé à la philosophie et à la psychologie et il a publié des poèmes dans des revues comme New Republic, Nation et Poetry.

Sapir a poursuivi ses études linguistiques comme professeur d'anthropologie et de linguistique, successivement à l'University of Chicago en 1925 puis à la Yale University. Cet érudit linguistique, l'un des plus grands de son époque, mourut en 1939, à l'âge de 55 ans.

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Représentations graphiques de peintures faciales Nuu-chah-nulth (Nootka). Dessins de Douglas Thomas, Alberni, Colombie-Britannique, février 1914.

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Harlan Ingersoll Smith est né à Saginaw, Michigan, en 1872. Il était inscrit à l'université du Michigan avant d'entreprendre sa carrière en archéologie. Essentiellement autodidacte, Smith a néanmoins acquis une solide expérience pratique en travaillant au American Museum of Natural History. C'est à ce moment qu'il a participé en tant qu'archéologue à l'expédition Jessup dans le Pacifique Nord, de 1897 à 1899.

En 1911, Harlan I. Smith se joint à la Commission géologique du Canada comme chef de sa division de l'archéologie. Cette unité, avec la division de l'ethnographie, a évolué au fil du temps pour devenir l'actuel Musée canadien des civilisations. Ses premières années d'archéologue à la CGC, Smith les a consacrées à la fouille et à la recherche de sites archéologiques potentiels dans l'est du Canada, en Ontario et en Colombie-Britannique. En 1920, il a commencé dans la vallée de Bella Coola, en Colombie-Britannique, un travail ethnographique qui durera plusieurs années. Bien qu'il dirigeait des recherches archéologiques, son centre d'intérêt visait la documentation des usages traditionnels des plantes et des animaux, l'organisation sociale et les traditions culturelles des peuples Nuxalk, Dakelh-ne et Chilcotin.

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Groupe de gens devant la maison Nusmata et la maison Cleleman dans l'ancien village de Komkots, Colombie-Britannique

Mis à part la cartographie archéologique et la création d'un inventaire impressionnant de sites archéologiques au Canada, Harlan I. Smith a été un pionnier dans la production de films ethnographiques, la photographie anthropologique et l'éducation muséale. Smith était unique en son temps en ce sens qu'il s'assurait que les personnes photographiées reçoivent une copie de leur portrait. Il a gardé des notes détaillées pour ses photographies, incluant de l'information sur le sujet, la date, le lieu et, souvent, l'angle de l'appareil photos. Ces images et l'information qui les accompagne constituent une mine inestimable pour les chercheurs qui s'en servent toujours. Harlan I. Smith est décédé à Ottawa, en 1940.

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La collection Wallis

En 1974, Mme Montminy, archiviste en chef de la Division de l'ethnologie du Musée canadien de l'homme, a écrit à Wilson D. Wallis pour lui demander  son aide pour assortir adéquatement le matériel qu'il avait déposé aux archives.

Ruth Sawtell Wallis a indiqué à Mme Montminy que Wilson Dallam Wallis était décédé le 15 mars 1970. Cependant, elle a ajouté qu'en tant que veuve de Wilson Wallis, anthropologue elle-même et sa compagne pendant ses quatre derniers étés passés au milieu des Indiens du Canada, elle était compétente pour répondre favorablement à la demande.

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James Teit (1864-1922) est né sur les îles Shetland en Écosse et il émigra au Canada alors qu'il n'était encore qu'un tout jeune homme. Il s'installa éventuellement à Spences Bridge en Colombie-Britannique où il épousa une femme Nlaka'pamux du nom de Lucy Artko. Au moment où elle mourut en 1914, Teit s'était imprégné du mode de vie et des traditions des Nlaka'pamux.

Teit fut embauché par l'anthropologue Franz Boas vers la fin du dix-neuvième siècle afin de procéder à des opérations de collecte et de recherche lors de l'expédition Jesup réalisée pour l'American Museum of Natural History (1897-1902). L'expédition Jesup avait pour but d'étudier les liens culturels, linguistiques et biologiques entre les peuples indigènes des régions du Pacifique nord d'Amérique et d'Asie. L' American Museum of Natural History (AMNH) a publié une part importante des travaux de recherche effectués par Teit et amassé la majeure partie de sa collection d'objets des Salish de l'intérieur. En 1911, Edward Sapir de la Commission géologique du Canada, maintenant devenue le Musée canadien des civilisations, a également fait appel à Teit pour mettre sur pied ses collections d'objets, de pièces sonores et de photos. Les compressions budgétaires du gouvernement à la fin de la Première Guerre mondiale ont coupé court à l'emploi de Teit au sein de la Commission.

Teit a collectionné des milliers d'objets destinés à divers musées, dont la plupart qu'il a achetés ou recueillis ont été confiés à quatre institutions, soit l'American Museum of Natural History, le Musée canadien des civilisations, le Peabody Harvard Museum et le Royal British Columbia Museum. L'œuvre photographique de James Teit a été consignée dans une publication de la série Mercury intitulée The Interior Salish Tribes of British Columbia: A Photographic Collection (1987) éditée par Leslie Tepper.

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Mme Montminy et Ruth Wallis ont échangé de la correspondance pendant quelques années. Éventuellement, Ruth Wallis a légué ses notes et ses photographies prises lors de travaux de recherche sur le terrain parmi les Dakotas canadiens (principalement à Sioux Valley, au Manitoba), lors des années 50.

La contribution de Wilson Wallis consiste en notes ethnographiques prises sur place, en photos et en culture matérielle, entre autres des sacs de guérisseur, des pipes et d'autres articles. En plus de ses recherches dans les années cinquante, Wilson Wallis avait réalisé auparavant des recherches chez les Dakotas canadiens (principalement à Sioux Valley et Dakota Tipi) en 1914-15 et chez les Micmacs-Malécites (1911-1912).

La collection de photos de Wilson et Ruth Wallis inclut de nombreuses photos de femmes et d'enfants dakotas de Sioux Valley. Les personnes que les Wallis ont photographiées ont traversé toute une vie depuis que ces photos ont été prises et elles ont apporté des contributions importantes à leur collectivité et à la société canadienne.

On remarque une photographie d'une jeune Mary Hall Duta (voir PR2005-201) qui porte son fils Ron. Mary est une Aînée très respectés qui, entre autres réalisations, a aidé de nombreux étudiants, au cours des années, alors qu'elle était conseillère culturelle à l'Université de Brandon, au Manitoba.

Nous sommes reconnaissants pour les travaux de Wilson Dallam Wallis et de Ruth Sawtell Wallis. Grâce aux efforts du Musée canadien des civilisations, les membres de la nation Dakota de Sioux et du public ont maintenant la possibilité de voir cette collection de photographies. Docteur Mark F. Ruml Professeur adjoint, Études religieuses Université de Winnipeg

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Frederick Wilkerson Waugh est né le 14 avril 1872 à Langford Ontario, non loin de Grand River et de la réserve haudenosaunee iroquoise des Six-Nations. Vivement intéressé par la technologie, la linguistique et l'ethnologie, il entreprend à temps perdu des enquêtes ethnologiques à la réserve des Six-Nations et à Manitoulin Island. Il combine alors ses recherches à son travail comme éditeur du The Furniture Journal de Toronto.

En août 1911, il entreprend une correspondance avec Edward Sapir, chef de la division d'anthropologie, où il décrit son travail. Sapir s'intéresse alors à ses travaux et lui offre un premier contrat à la fin décembre 1911 pour étudier la technologie haudenosaunee iroquoise.

À la mi-juillet 1913, Waugh entre officiellement à l'emploi de la division d'anthropologie de Commission géologique du Canada à titre de préparateur des collections. En décembre 1919, il est promu assistant ethnologue puis vers 1923 ethnologue associé, poste qu'il occupera jusqu’à sa mystérieuse disparition à la fin septembre 1924.

Au cours de sa carrière à la division d'anthropologie, Frederick Waugh entreprendra de nombreuses enquêtes chez divers groupes amérindiens de l'est du Canada. De 1911 à 1915 de même qu'en 1918, Waugh consacre ses efforts chez les Haudenosaunee [roquois principalement des Six-Nations mais aussi de Kahnawake Caughnawaga.

En 1916, 1919 et 1920, on le retrouve chez les Anishnaabe Saulteux de Long Lake, de Nipigon, et du Lac Seul ainsi que chez les Odawa de Manitoulin Island. Enfin au cours des années 1921 à 1924, Waugh s'intéressera aux Innu Naskapi, aux Inuits de la côte du Labrador de même qu'aux Innu Montagnais de la côte nord du St.-Laurent.

Bien que Waugh n'ait jamais œuvré dans l'ouest du Canada, il profitera en mai 1916 de la visite de chefs amérindiens de la Colombie-Britannique pour étudier les jeux de ficelle chez les Stl'atl'imx Lillooet, Ktunaxa Kootenay, Okanagan et Nlaka'pamux Thompson.

Les recherches de Waugh porteront sur la culture matérielle (technologie), la nourriture, la médecine, les rites, la mythologie et l'ethnobotanie. Frederick Waugh a peu publié mais a laissé de nombreux carnets de terrains et notes de recherches, des manuscrits, des photographies de même qu'une partie de sa correspondance professionnelle. 


16/11/2013
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HISTOIRE DES INNUITS DU CANADA

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Archers inuits, vers 1915.

Les Inuit sont les habitants autochtones de la région arctique de l'Amérique du Nord, du détroit de Béring à l'est du Groenland, ce qui représente plus 6000 kilomètres. Les Inuits, qui occupent le Canada arctique, vivent également dans le nord de l'Alaska et au Groenland et comptent de proches parents en Russie. Ils sont unis par un patrimoine culturel et une langue communs. Jusqu'à récemment les non-Inuits les appelaient Esquimaux. Aujourd'hui, ils prèfèrent leur propre terme Inuit, qui signifie tout simplement les gens. Il y a environ 40 000 Inuits au Canada.

Les origines des Inuits Si l'on en croit les recherches archéologiques, c'est dans le nord-ouest de l'Alaska qu'il faut rechercher les origines des Inuits. Ces premiers Inuits de l'Alaska habitaient la côte et la toundra, où ils chassaient le phoque, le morse, la baleine et le caribou. Ils logaient dans des maisons édifiées avec du bois de grève et de la terre, et ils parlaient presque certainement une version primitive de la langue inuite, l'inuktitut. Ils furent, ainsi que leurs ancêtres, le premier peuple arctique a acquérir la maîtrise de la chasse aux grands mammifères marins, notamment la baleine boréale. L'énorme quantité de nourriture que rapportait une chasse fructueuse  même une petite baleine pouvait peser sept tonnes  leur permettait d'avoir un mode de vie plus riche et moins précaire que celui de beaucoup d'autres peuples de chasseurs.

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Une famille entière pouvait trouver place sur un traîneau, centre de l'Arctique, vers 1915.

Un de leurs objectifs particuliers semble avoir été les zones riches en baleines autour de l'île de Baffin et de l'île Somerset. Là, ils ne tardèrent pas à édifier les mêmes grands villages de chasse à la baleine et à reprendre le même mode de vie prospère qu'ils avaient laissé derrière eux en Alaska. D'autres groupes s'installèrent sur des portions de côte dépourvus de riches ressources baleinières, où ils habitaient des villages plus petits et dépendaient principalement du phoque, du caribou et du poisson pour leur subistance. Partout où ils allaient, les pionniers inuits construisaient les mêmes maisons d'hiver en terre et apportaient avec eux la complexe technique de chasse de leurs ancêtres d'Alaska.

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Plomb de ligne de pêche découvert sur un site archéologique du XIXe siècle en Alaska et sur lequel est représenté une scène de guerre traditionnelle. Des hommes armés de lances et d'arcs attaquent les habitants d'une maison de terre. Remarquez le chien qui n'a pas aboyé. Les guerres et la pression démographique en Alaska expliquent probablement en partie la migration vers l'est des Inuits thuléens

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Les ruines d'une maison d'hiver Inuit, site de Naujan, Arctique canadien.

 Les Inuits et les Vikings

Vers 1250 apr. J.-C., les premiers Inuits avaient pénétré au Groenland par le détroit de Smith, à l'extrémité du nord-ouest de l'île. Là, peut-être du côté canadien, ils ont rencontré ces chasseurs que le Moyen Âge appelait Normands (les Vikings), qui arrivaient de colonies vikings situées dans le sud-ouest du Groenland et fondées par Erik le Rouge. Ces colonies finirent par disparaître probablement au milieu du XVe siècle. Différentes théories expliquent leur disparition, mais l'une des raisons fut la détérioration du climat. Un autre facteur a pu être la concurrence avec les Inuits, qui étaient beaucoup mieux adaptés à la vie arctique que les Vikings. À l'époque où les Européens explorèrent le Groenland, au XVIe siècle, les Inuits étaient les seuls habitants de tout l'Arctique nord-américain.

 

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Un climat plus froid Le même climat de plus en plus rigoureux qui sonna le glas des colonies vikings du Groenland eut également des répercussions néfastes sur l'économie inuite. Après 1300 environ, les températures devinrent progressivement plus froides, aboutissant à une sorte de petite ère glaciaire autour de 1500. Les zones importantes et riches de chasse à la baleine de l'Extrême-Arctique furent abandonnées, et les gens se déplacèrent vers le sud.

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L'automne était une époque importante pour la pêche, et le poisson qu'on avait mis de côté était une source importante de nourriture au début de l'hiver.

La chasse à la baleine boréale ne constitua plus le pôle central de la vie des Inuits dans la plus grande partie du Canada et du Groenland (mais le resta en Alaska). La vie devint généralement plus difficle et précaire. Les gens déplaçaient camps et villages plus souvent, et dans de nombreux secteurs on abandonna la maison d'hiver en terre et en os de baleine en faveur de maisons faites de blocs de neige. Elles étaient plus faciles à construire et on pouvait les ériger n'importe où, même sur la glace de mer. De plus, une heure où deux suffisaient à les construire.

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Contacts avec les explorateurs

Les contacts avec les explorateurs Européens apportèrent également des changements. Entre les voyages de Martin Frobisher, dans les années 1570, et les recherches pour retrouver l'expédition Franklin disparue dans les années 1850, des dizaines d'expéditions vers l'Arctique furent organisées, habituellement à partir de l'Angleterre. La plupart d'entre elles avaient pour but de trouver un passage par le nord-ouest entre l'Atlantique et le Pacifique.

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Tattannaaeuk, connu sous le nom d'Augustus, fut le guide et l'interprète de nombreuses expéditions britanniques dans l'Arctique, dont les première et seconde expéditions de Franklin (1819-22 et 1825-26). Il était originaire de la côte ouest de la baie d'Hudson

Tout d'abord, les Européens ne virent pas dans l'Arctique un endroit ayant une valeur intrinsèque, mais seulement un obstacle aux richesses se trouvant au-delà. Au cours de leurs voyages à travers le nord, les explorateurs européens rencontraient souvent des Inuits. Peu d'Européens avaient l'esprit suffisemment dépourvu de préjugés pour croire qu'ils pouvaient apprendre quelque chose de ces derniers, mais ils faisaient du commerce avec eux et échangaient des cadeaux. Les Inuits commencèrent à connaître le monde extérieur et à apprécier ce qu'il avait à offrir. Les Européens leur apportaient du fer, qu'ils prisaient pour la fabrication d'outils tels que des pointes de harpon et des lames de couteau.

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Sir John Franklin a exploré une plus grande partie de l'Arctique canadien que tout autre étranger à cette région. Il est mort en 1847 alors que son expédition (la troisème expédition Franklin) était prisonnière des glaces près de l'île King William, dans le centre de l'Arctique. Aucun officier ni membre d'équipage ne survécut. (Captain Sir John Franklin.

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Couteau à écorcer inuit, manche en andouiller, lame de fer, début du XXe siècle. Les Inuits utilisent depuis longtemps le fer européen et asiatique pour les outils tranchants.

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La British Royal Navy fut le chef de file de la recherche du passage du nord-ouest à travers les îles de l'Arctique canadien. (Noon in Mid-Winter, Lieutenant William H. Browne.

 Les chasseurs de baleine

Dans les années 1850, les Européens et les Américains commencèrent à apprécier la valeur commerciale des ressources fauniques de l'Arctique. L'industrie de la chasse à la baleine commerciale dans l'Atlantique nord, qui était basée en Grande-Bretagne et en Nouvelle-Angleterre, se lança dans une exploitation à grande échelle dans des eaux qui sont maintenant canadiennes, où des milliers de baleines furent tuées. Cette industrie embaucha des centaines d'Inuits pour travailler sur ses bateaux comme chasseurs et couturiers. Un large éventail et d'énormes quantités de biens manufacturés pénétrèrent la société inuite, des fusils et de la toile de tente aux baleinières en passant par la farine.

À la même époque, les chasseurs de baleine du Pacifique, basés à San Francisco, étendirent leurs activités vers le nord à travers le détroit de Béring, puis vers l'est le long de la côte de l'Alaska et du Mackenzie. En 1890, ils étaient établis sur l'île Herschel. À cause des distances beaucoup plus grandes qu'ils devaient parcourir, les chasseurs de baleine prirent l'habitude de s'y installer pour l'hiver. Les équipages de jusqu'à 15 bateaux en une même saison se mêlèrent à la vie des Inuits.

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Les chasseurs de baleine commerciaux de Grande-Bretagne et des États-Unis eurent une profonde influence sur la culture des Inuits du Canada. (The Fox arriving at Beechey Island.

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Les chasseurs de baleine apportèrent une prospérité de courte durée dans certaines régions. Cette Inuite de la côte ouest de la baie d'Hudson, que les chasseurs de baleine appelaient Shoofly, porte des vêtements richement ornés de perles et d'autres articles de traite.

Maladies

En plus des biens manufacturés, les chasseurs de baleines apportaient avec eux des maladies contagieuses. Les Inuits ne possédaient aucune immunité naturelle pouvant les protéger de ces maladies, et des centaines, voire des milliers d'entre eux, moururent. La population inuite de l'ouest de l'Arctique canadien (les Inuvialuits) est passée d'environ 2000 à 2500 personnes en 1850 à 150 personnes en 1910.

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Les Inuvialuits de l'ouest de l'Arctique canadien enterraient leurs morts sous du bois flotté. Cette sépulture date probablement des terribles épidémies qui ont balayé l'ouest de l'Arctique à la fin du XIXe siècle.

Dans l'est, les effets de la maladie furent plus sporadiques. Un groupe local, les Sadlirmiuts de l'île Southampton disparurent entièrement au cours de l'hiver 1902-1903. Ils attrapèrent la dysenterie, une maladie grave, des marins de l'Active, un baleinier écossais.

La Compagnie de la Baie d'Hudson, la police et l'Église

En 1905, l'industrie baleinière était moribonde, car les stocks de baleines avaient presque complètement disparu de l'Arctique. De plus, de nouvelles inventions, par exemple un substitut synthétique du fanon de baleine, obligea les chasseurs de baleine à se tourner vers d'autres activités, dont la traite des fourrures, pour assurer leur subsistance. La Compagnie de la Baie d'Hudson et d'autres entreprises commerciales commencèrent également à s'intéresser sérieusement à la traite des fourrures dans le Nord. Au cours des dix années qui suivirent la Première Guerre mondiale (1914-1918), la traite commerciale des fourrures se déplaça plus au nord jusqu'à englober tout l'Arctique. La traite des fourrures amena dans son sillage la Gendarmerie royale et les Églises anglicane et catholique romaine.

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L'ancien poste de traite de la Compagnie de la Baie d'Hudson de Bathurst Inlet, dans le centre de l'Arctique

En 1925, les Inuits étaient devenus des sujets, sinon tout à fait des citoyens de l'État canadien. Sous l'influence des missionnaires, beaucoup de croyances traditionnelles et de coutumes inuites disparurent ou furent conservées sous le manteau. Les Inuits perdirent tout pouvoir sur leurs propres vies au début du XXe siècle. Beaucoup tombèrent dans une extrême misère à cause de la fluctuation du prix des fourrures, qui était fixé dans des endroits aussi éloignés que Londres ou New York.

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 Réinstallation Ce n'est qu'après la Deuxième Guerre mondiale (1939-45) que le gouvernement canadien commença à s'intéresser activement au bien-être des Inuits. Après que lui soient parvenus des rapports où il était question de misère généralisée et même de famine, le gouvernement commença à inciter fortement les gens à quitter leur mode de vie nomade et d'errance. Ils encouragèrent la vie dans des villages permanents parce que cela semblait faciliter l'administration de la sécurité sociale et en amoindrir le coût.

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Au cours des années 1950 et 1960, les Inuits furent forcés d'abandonner leurs villages traditionnels (comme l'exemple ci-joint) pour aller vivre dans des villages modernes construits par l'État.

Les services et les installations gouvernementales prirent beaucoup plus d'ampleur dans ces nouveaux villages. On fournit des habitations à bon marché, et on construisit des écoles, des installations médicales, des aéroports et des commerces modernes. Des nouvelles communautés micro-urbaines virent le jour. Une population autrefois chichement éparpillée à travers un immense territoire était maintenant concentrée dans un petit nombre de villages. Vers le milieu des années 1960, presque tous les Inuits du Canada habitaient dans ces nouvelles localités.

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C'était loin d'être une solution idéale. Ne vivant plus en pleine nature, les Inuits en vinrent à dépendre de plus en plus de l'aide sociale. Les emplois étaient peu nombreux. Les Inuits devinrent presque totalement dépendants de la société extérieure.

L'Arctique et la démocratie

La démocratie a mis du temps à pénétrer dans l'Arctique. À partir de 1966, le gouvernement fédéral créa des circonscriptions électorales dans certaines parties des Territoires du Nord-Ouest. En 1967, un Commissaire des Territoires du Nord-Ouest fut nommé et de nombreux programmes fédéraux furent confiés au nouveau gouvernement territorial. À la fin des années 1970, le gouvernement territorial était devenu un corps élu et représentatif.

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Les Inuits composaient des chants accompagnés au tambour qu'ils exécutaient lors de danses du tambour publiques.

La création du Nunavut Le combat des Inuits pour obtenir l'autonomie gouvernementale date au moins des années 1960, lorsque des Eskimo Co-ops furent établies dans la plupart des localités de l'Arctique. Ces coopératives ont aidé les Inuits à conserver le contrôle de la vente de leurs œuvres d'art. Elles ont également fait concurrence à la Compagnie de la Baie d'Hudson, ce qui a contribué à faire monter le prix des fourrures et baisser celui des marchandises.

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Le hameau de Grise Fiord, sur la côte sud de l'île Ellesmere, est certainement le village le plus au nord sur le territoire du Nunavut.

En 1971, les Inuits firent un pas important vers l'autonomie gouvernementale avec la création de l'Inuit Brotherhood, l'actuel Inuit Tapirisat du Canada. En 1976, les Inuits proposèrent la création d'un nouveau territoire qui s'appellerait le Nunavut (notre terre). Le nouveau territoire du Nunavut serait constitué de la portion centrale et orientale des Territoires du Nord-Ouest et serait peuplé en majorité d'Inuits. Cette proposition comportait en outre une revendication territoriale globale. En 1982, on approuvait dans un référendum le règlement proposé pour le Nunavut, et en 1992 une entente de principe recueillait 85 % des voix des électeurs inuits. En mai 1993, l'Accord définitif du Nunavut était signé. Le nouveau territoire du Nunavut fut inauguré le 1er avril 1999.

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Uluksuk (qu'on voit ici avec ses épouses) était un chef et un chaman puissant au début du XXe siècle dans la région de la baie du Couronnement, dans l'Arctique canadien. Les leaders inuits modernes ont dû se montrer tout aussi avisés pour assurer l'avenir de leur peuple.

D'autres voies vers l'autonomie gouvernementale

Les Inuits qui habitent hors du Nunavut ont choisi des voies politiques différentes. Les Inuvialuits, un peuple qui vit le long de la côte de l'Arctique dans l'ouest des Territoires du Nord-Ouest, se sentent depuis longtemps différents des Inuits de l'est de l'Arctique. Ils avaient accès aux riches réserves de pétrole et de gaz de la mer de Beaufort. Ils souhaitaient négocier leur propre entente territoriale, et c'est ce qu'ils ont fait par le biais du Comité d'étude des droits des autochtones (CEDA). En 1984, ils signaient la Convention définitive des Inuivialuit avec le gouvernement fédéral et celui du territoire. Ils ont créé la Région désignée des Inunivaluit, qui comprend la majeure partie de l'Arctique occidental.

Plus tôt, en 1975, la Société des Inuit du Nord québécois, aujourd'hui la Société Makivik, a signé la Convention de la Baie James et du Nord québécois établissant les droits de propriété territoriaux des Inuits et d'autres droits dans le Nouveau-Québec.

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Des pêcheurs modernes et leur prise.

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Une scène de chasse à la baleine dessinée par des Inuits de l'ouest de l'Arctique (Inuvialuits), vers 1865. Les Inuits d'aujourd'hui voient dans la chasse à la baleine et l'accès à d'autres ressources un aspect important de l'affirmation de leur souveraineté.

L'avenir

En ce début du XXIe siècle, les Inuits du Canada ont remporté des victoires politiques importantes. Ils possèdent maintenant collectivement une bonne partie de l'Arctique et jouissent d'un pouvoir politique considérable au sein de leurs territoires. La création du Nunavut, tout particulièrement, met en lumière le rôle important que les Inuits jouent maintenant au Canada.

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Garçon inuit

Toutefois, il existe encore certains problèmes fondamentaux. L'Arctique est encore sous-développé sur le plan économique. Il y encore peu d'emplois et ce sont souvent des postes subalternes. Peu de gens ont le niveau d'instruction ou les compétences nécessaires pour l'économie mondiale hautement technique d'aujourd'hui.

Beaucoup espèrent en une industrie touristique florissante pour apporter la prospérité, mais ce n'est là qu'une solution partielle. L'exploitation des mines et d'autres formes d'extraction des ressources sont des secteurs de l'économie en pleine croissance, tout particulièrement maintenant que des ententes territoriales ont été signées. Dans le territoire inuvialuit, l'exploitation des réserves de gaz de la mer de Beaufort et un projet de pipeline dans l'ouest pourrraient contribué à stimuler la croissance économique. Dans le Nunavut, les mines de diamant, d'or et de métaux lourds offrent des possibilités d'emplois et des revenus. Toutefois, comme beaucoup s'en rendent compte, une économie basée sur les matières premières est extrêmement vulnérable aux fluctations de prix et aux problèmes environnementaux, notamment la polution causée par les métaux lourds (due à l'exploitation minière), et aux destructions de l'environnement causées par la construction des routes et des pipelines.

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Avant l'introduction des lunettes de soleil aux verres fumés, les Inuits portaient des lunettes de neige percées d'une fente pour se prémunir contre la cécité des neiges lorsqu'ils voyageaient dans l'intense lumière du soleil printanier.

Heureusement, la population inuite est jeune et dynamique, et depuis des générations elle s'obstine à vaincre des obstacles insurmontables. Le but des Inuits est de préserver l'essentiel de leur culture et de s'assurer, ainsi qu'à leurs enfants, un niveau de vie décent. Leur histoire, qui témoigne de leur force et de leur désir de survivre, laisse présager qu'ils réussiront.

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Les ententes du Nouveau-Québec et des Inuvialuits sont toutes deux uniquement des ententes territoriales globales. Elles ne sont pas aussi étendues ni aussi globales que l'entente territoriale du Nunavut, qui prévoit l'établissement d'un gouvernement public et territorial.

LES DÉPLACEMENTS SUR LA NEIGE

 DANS LE CANADA ANCIEN

Les gens ont besoin de se déplacer. Périodiquement, tous les êtres humains doivent s'éloigner des lieux où ils vivent pour se procurer des choses dont ils ont besoin. Par exemple, quand les réserves alimentaires d'une famille s'amenuisent, quelqu'un doit se rendre à un endroit où l'on trouve des aliments. Quand un constructeur a besoin de matériaux pour faire un objet, il lui est nécessaire de se déplacer pour acquérir ces matériaux. La seule exception à cette règle se présente lorsqu'une personne se déplace au nom d'une autre personne. Cela se produit quand un parent se rend à l'épicerie acheter à manger pour la famille. Ou quand une infirmière apporte à manger à un patient. Reste que, peu importe qui effectue le déplacement, toute vie humaine exige de se déplacer.

Le corps humain est bien adapté à certains types de déplacements, par exemple, marcher ou courir en terrain plat et ferme. On peut aussi franchir ou contourner des obstacles tels que des collines, des lieux rocheux, des cours d'eau ou des fourrés, mais cela est plus difficile. Certains obstacles, toutefois, sont si importants ou difficiles qu'ils gênent considérablement le passage, à moins que les voyageurs ne disposent de quelque chose qui facilite leur déplacement.

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Famille crie en déplacement près de York Factory (Manitoba) en 1821. Les oiseaux indiquent qu'ils ont eu récemment du succès à la chasse; les vêtements et le fusil témoignent d'un mélange d'influences européennes et autochtones.

Dans des pays nordiques froids tels que le Canada, la neige peut constituer un tel obstacle. Aujourd'hui, avec des machines modernes comme les chasse-neige, les véhicules à quatre roues motrices, les motoneiges et les avions, la neige n'est pratiquement plus un obstacle au transport. Pourtant, longtemps avant l'invention de ces machines, il était possible de se déplacer à travers la campagne à une vitesse raisonnable, de transporter des charges d'un endroit à l'autre et de communiquer les uns avec les autres tout au long de l'hiver nord-américain. Les chasseurs trouvaient du gibier et le rapportaient à la maison pour nourrir leurs familles. On se rendait dans les villages voisins voir des amis, tout comme aujourd'hui. Comment affrontait-on autrefois les problèmes des déplacements sur la neige sans nos machines modernes? Pour répondre, il faut d'abord se tourner vers les conditions de la neige.

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Inuits canadiens transportant leurs possessions sur un champ de glace au moyen d'un gros traîneau tiré par des chiens. Photo de G. H. Wilkins, Expédition canadienne dans l'Arctique, 1913-1916.

La neige obstacle, la neige le moyen de déplacement

La neige fraîchement tombée se présente sous bien des formes — flocons pelucheux, flocons collants, dur grésil, entre autres — et en quantités variables, d'une mince couche à un épais manteau. De plus, dès que la neige s'est installée sur le sol, son état peut être altéré par le vent, le paysage et la température. De telles différences dans l'état de la neige sont importantes pour le voyageur. Par exemple, quand la neige est molle et profonde, les pieds s'enfoncent sous la surface et la progression est lente et pénible. Quand elle est mouillée ou collante, le pied glisse et se déplacer n'est pas une mince affaire. Pourtant, quand la neige est sèche et tassée, on peut marcher dessus avec aisance. Les déplacements sont donc le plus faciles lorsque le voyageur peut marcher légèrement sur la surface d'un champ de neige gelé. Tout cela, les humains le savent depuis des milliers d'années. En y ajoutant l'ingéniosité et la détermination à voyager, les peuples anciens ont graduellement mis aux points divers techniques facilitant les déplacements dans les régions neigeuses.

Les vêtements d'hiver

Avant de pouvoir se déplacer de quelque manière que ce soit dans la neige, les gens ont d'abord dû protéger leur corps du gel. L'invention des vêtements ajustés en peau d'animal a procuré une couverture personnelle légère, souple, chaude et imperméable. Les origines de cette invention se perdent dans la nuit des temps, mais elle remonte probablement à il y a environ 40 à 50 000 ans. C'était à l'époque où les humains tentèrent pour la première fois d'occuper les régions neigeuses du nord de l'Europe et de l'Asie, et éventuellement des Amériques. Au cours des 10 à 15 000 dernières années, les peuples autochtones d'Amérique du Nord ont créé de nombreux types de vêtements d'hiver. Les divers styles dépendaient de l'environnement où ils vivaient, des peaux d'animaux disponibles, des traditions culturelles locales, de l'âge et du sexe de ceux qui portaient ces vêtements et des préférences personnelles en matière de décorations.

Le vêtement traditionnel inuit en est un exemple. Au cours des années 1880, un anthropologue du nom de Franz Boas s'est rendu chez les Inuits de l'est de l'Arctique et a consigné ses observations sur leurs habillements. Il a observé que tant les hommes que les femmes portaient deux couches de vêtements par temps froid. Les vêtements de dessous étaient portés le poil sur la peau. Aux pieds, on portait deux chaussons l'un par-dessus l'autre. Le premier était fait de peau d'oiseau, les plumes reposant sur le pied; l'autre était en peau de phoque. Plus haut, un bas léger en peau de cerf couvrait le bas de la jambe jusqu'au genou. On trouvait ensuite un haut-de-chausses en peau de jeune phoque ou de caribou. Ce vêtement, qui atteignait le dessous des genoux, était attaché autour de la taille avec une corde. Enfin, le haut du corps était couvert d’un vêtement qu'on passait par-dessus la tête, fait de peau de jeune phoque ou d'une peau légère de caribou. Puis venaient les vêtements de dessus. C'étaient les bottes, le pantalon, les mitaines et un manteau à capuchon avec un rabat, ou queue, dans le dos. Ils étaient portés normalement le poil à l'extérieur, et étaient généralement faits de peau d
La neige obstacle, la neige le moyen de déplacement

La neige fraîchement tombée se présente sous bien des formes — flocons pelucheux, flocons collants, dur grésil, entre autres — et en quantités variables, d'une mince couche à un épais manteau. De plus, dès que la neige s'est installée sur le sol, son état peut être altéré par le vent, le paysage et la température. De telles différences dans l'état de la neige sont importantes pour le voyageur. Par exemple, quand la neige est molle et profonde, les pieds s'enfoncent sous la surface et la progression est lente et pénible. Quand elle est mouillée ou collante, le pied glisse et se déplacer n'est pas une mince affaire. Pourtant, quand la neige est sèche et tassée, on peut marcher dessus avec aisance. Les déplacements sont donc le plus faciles lorsque le voyageur peut marcher légèrement sur la surface d'un champ de neige gelé. Tout cela, les humains le savent depuis des milliers d'années. En y ajoutant l'ingéniosité et la détermination à voyager, les peuples anciens ont graduellement mis aux points divers techniques facilitant les déplacements dans les régions neigeuses.

Les vêtements d'hiver

Avant de pouvoir se déplacer de quelque manière que ce soit dans la neige, les gens ont d'abord dû protéger leur corps du gel. L'invention des vêtements ajustés en peau d'animal a procuré une couverture personnelle légère, souple, chaude et imperméable. Les origines de cette invention se perdent dans la nuit des temps, mais elle remonte probablement à il y a environ 40 à 50 000 ans. C'était à l'époque où les humains tentèrent pour la première fois d'occuper les régions neigeuses du nord de l'Europe et de l'Asie, et éventuellement des Amériques. Au cours des 10 à 15 000 dernières années, les peuples autochtones d'Amérique du Nord ont créé de nombreux types de vêtements d'hiver. Les divers styles dépendaient de l'environnement où ils vivaient, des peaux d'animaux disponibles, des traditions culturelles locales, de l'âge et du sexe de ceux qui portaient ces vêtements et des préférences personnelles en matière de décorations.

Le vêtement traditionnel inuit en est un exemple. Au cours des années 1880, un anthropologue du nom de Franz Boas s'est rendu chez les Inuits de l'est de l'Arctique et a consigné ses observations sur leurs habillements. Il a observé que tant les hommes que les femmes portaient deux couches de vêtements par temps froid. Les vêtements de dessous étaient portés le poil sur la peau. Aux pieds, on portait deux chaussons l'un par-dessus l'autre. Le premier était fait de peau d'oiseau, les plumes reposant sur le pied; l'autre était en peau de phoque. Plus haut, un bas léger en peau de cerf couvrait le bas de la jambe jusqu'au genou. On trouvait ensuite un haut-de-chausses en peau de jeune phoque ou de caribou. Ce vêtement, qui atteignait le dessous des genoux, était attaché autour de la taille avec une corde. Enfin, le haut du corps était couvert d’un vêtement qu'on passait par-dessus la tête, fait de peau de jeune phoque ou d'une peau légère de caribou. Puis venaient les vêtements de dessus. C'étaient les bottes, le pantalon, les mitaines et un manteau à capuchon avec un rabat, ou queue, dans le dos. Ils étaient portés normalement le poil à l'extérieur, et étaient généralement faits de peau de phoque ou de caribou. Ce type d'habillement permettait aux Inuits de vivre et de se déplacer au cours des hivers de l'Arctique.

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Des conducteurs d'attelage de chiens inuits de l'est de l'Arctique en vêtements d'hiver se reposent sur un traîneau chargé. Photo de J. D Soper, vers 1924-1926.

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Groupe d'Inuits du Cuivre de l'Arctique central en vêtements d'hiver. Photo prise par J. J. O'Neill lors de l'Expédition canadienne dans l'Arctique, 1913-1916.

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Bottes en peau de caribou des Inuits de l'île de Baffin.

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Portrait de Pitatapiu, Assiniboine de la bande de Stone, sur la rivière Missouri en 1833. Remarquez les mocassins, les jambières, la chemise et la couverture de cuir. L'hiver, il aurait pu ajouter à cette tenue un couvre-chef et des mitaines.

Dans d'autres parties de l'Amérique du Nord, on portait des vêtements d'hiver quelque peu différents. En 1808-1809, par exemple, Dans des pays nordiques froids un marchand de fourrures du tels que le Canada, la neige peut constituer un tel obstacle. Aujourd'hui, avec des machines modernes comme les chasse-neige, les véhicules à quatre roues motrices, les motoneiges et les avions, la neige n'est pratiquement plus un obstacle au transport. Pourtant, longtemps avant l'invention de ces machines, il était possible de se déplacer à travers la campagne à une vitesse raisonnable, de transporter des charges d'un endroit à l'autre et de communiquer les uns avec les autres tout au long de l'hiver nord-américain. Les chasseurs trouvaient du gibier et le rapportaient à la maison pour nourrir leurs familles. On se rendait dans les villages voisins voir des amis, tout comme aujourd'hui. Comment affrontait-on autrefois les problèmes des déplacements sur la neige sans nos machines modernes? Pour répondre, il faut d'abord se tourner vers les conditions de la neige.

Le vêtement traditionnel inuit en est un exemple. Au cours des années 1880, un anthropologue du nom de Franz Boas s'est rendu chez les Inuits de l'est de l'Arctique et a consigné ses observations sur leurs habillements. Il a observé que tant les hommes que les femmes portaient deux couches de vêtements par temps froid. Les vêtements de dessous étaient portés le poil sur la peau. Aux pieds, on portait deux chaussons l'un par-dessus l'autre. Le premier était fait de peau d'oiseau, les plumes reposant sur le pied; l'autre était en peau de phoque. Plus haut, un bas léger en peau de cerf couvrait le bas de la jambe jusqu'au genou. On trouvait ensuite un haut-de-chausses en peau de jeune phoque ou de caribou. Ce vêtement, qui atteignait le dessous des genoux, était attaché autour de la taille avec une corde. Enfin, le haut du corps était couvert d’un vêtement qu'on passait par-dessus la tête, fait de peau de jeune phoque ou d'une peau légère de caribou. Puis venaient les vêtements de dessus. C'étaient les bottes, le pantalon, les mitaines et un manteau à capuchon avec un rabat, ou queue, dans le dos. Ils étaient portés normalement le poil à l'extérieur, et étaient généralement faits de peau de phoque ou de caribou. Ce type d'habillement permettait aux Inuits de vivre et de se déplacer au cours des hivers de l'Arctique.

D'Alexander Henry fit des observations sur les Amérindiens des plaines qui fréquentaient son poste du centre-est de l'Alberta. Henry écrivit qu'ils étaient surtout vêtus de cuir. Les hommes portaient des jambières qui montaient jusqu'à la taille, où elles étaient attachées à une ceinture. Celle-ci retenait aussi un « pagne », morceau de laine ou de cuir apprêté d'environ 25 cm de largeur et 120 cm de longueur, qui était passé entre les jambes, puis sous la ceinture, les extrémités retombant librement devant et derrière jusqu'à environ 30 cm sous la taille. La chemise était faite de cuir apprêté souple, d'antilope ou de wapiti. Elle était serrée autour du cou et pendait jusqu'au milieu des cuisses. Les manches, faites du même cuir, étaient amples jusqu'au coude, mais cousues serrées jusqu'au poignet. Le couvre-chef était normalement un morceau de cuir, ou de peau apprêtée avec son poil. Il était ajusté à la tête et attaché sous le menton. Le haut était ordinairement orné de plumes ou de quelque autre décoration. Chaussures et mitaines étaient en peau de bison apprêtée avec son poil. Par-dessus ces vêtements de dessous, le voyageur se drapait dans une cape de bison pour compléter sa tenue hivernale.

Le nom d'Alexander Henry fit des observations sur les Amérindiens des plaines qui fréquentaient son poste du centre-est de l'Alberta. Henry écrivit qu'ils étaient surtout vêtus de cuir. Les hommes portaient des jambières qui montaient jusqu'à la taille, où elles étaient attachées à une ceinture. Celle-ci retenait aussi un pagne, morceau de laine ou de cuir apprêté d'environ 25 cm de largeur et 120 cm de longueur, qui était passé entre les jambes, puis sous la ceinture, les extrémités retombant librement devant et derrière jusqu'à environ 30 cm sous la taille. La chemise était faite de cuir apprêté souple, d'antilope ou de wapiti. Elle était serrée autour du cou et pendait jusqu'au milieu des cuisses. Les manches, faites du même cuir, étaient amples jusqu'au coude, mais cousues serrées jusqu'au poignet. Le couvre-chef était normalement un morceau de cuir, ou de peau apprêtée avec son poil. Il était ajusté à la tête et attaché sous le menton. Le haut était ordinairement orné de plumes ou de quelque autre décoration. Chaussures et mitaines étaient en peau de bison apprêtée avec son poil. Par-dessus ces vêtements de dessous, le voyageur se drapait dans une cape de bison pour compléter sa tenue hivernale.

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Femme dakota et fillette assiniboine en vêtements de cuir. L'hiver, elles auraient porté d'autres chaussures et des mitaines. (Gravure de Karl Bodmer, années 1830.

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Famille anishnabée (saulteuse) se déplaçant près du lac Winnipeg pendant l'hiver 1825. Remarquez le style des vêtements, les raquettes, la sangle frontale et le toboggan tirer par des chiens.

Lunettes de neige

Un autre problème associé aux déplacements l'hiver était, et demeure, ce que l'on appelle la cécité des neiges. Celle-ci se produit lorsque la combinaison des rayons directs du soleil et de l'éclat de son reflet sur la neige est trop intense pour l'œil humain. C'est un état qui peut être très douloureux, et peut durer des jours et gêner les déplacements.

La méthode la plus ancienne et la plus répandue d'éviter la cécité des neiges était l'emploi de lunettes de neige, lesquelles sont connues dans le nord de l'Europe, de l'Asie et de l'Amérique du Nord. Leurs styles étaient très différents. En général, elles étaient faites d'une matière opaque recouvrant l'œil telle que le bois, le cuir, l'os ou l'ivoire. D'étroites fentes ou de petits trous y étaient pratiqués pour permettre une certaine vision. Une ficelle ou une lanière était fixée à chaque extrémité et pouvait être nouée autour de la tête pour maintenir les lunettes en place. Les lunettes de neige réduisaient la luminosité nocive et amélioraient en fait la visibilité.

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Extérieur (a) et intérieur (b) de lunettes de neige des Inuits du Cuivre de l'Arctique central.

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Chasseurs poursuivant un troupeau de bisons. La neige supporte le poids des chasseurs chaussés de raquettes, mais pas celui de leurs proies. Peinture de Peter Rindisbacher dans le sud du Manitoba.

Dans les vallées et les secteurs boisés, les dépôts de neige étaient de nouveau différents. La neige pouvait y être molle et profonde. Un grand effort était nécessaire pour marcher, car le pied et la jambe du marcheur s'enfonçaient profondément sous la surface à chaque pas. Pour atténuer ces problèmes, les anciens créèrent divers objets plats et légers qu'ils fixaient à leurs pieds. Ceux-ci leur permettaient de répartir leur poids sur une plus grande surface et de marcher sur la neige, quel que fût son état.

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Raquettes du type pattes d'ours qu'utilisaient les Tsimshians de Colombie-Britannique au début du XXe siècle.

Il semble qu'à l'origine on se contentait d'attacher une planche plate au pied. Ce moyen de transport fut inventé il y a des milliers d'années, mais on ignore où. Des spécimens de fixations de planches ont été trouvés à travers le nord de l'Amérique du Nord, de l'Asie et de l'Europe. En Europe et en Asie, des transformations ont conduit à l'apparition du ski et du patin. Au Canada, les Autochtones ont mis au point une chaussure unique bien à eux, la raquette.

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Raquettes du type athapascan utilisées par les Algonquins du Québec. Elles sont très larges, ce qui aide à marcher dans une neige molle et épaisse.

Sous sa forme la plus simple, la raquette était un cercle de bois entourant un réseau de lanières de cuir brut. Ce réseau était fixé au pied au moyen d'un harnais également fait de lanières. Cet objet à la forme circulaire simple est appelé « raquette en pied d'ours ». Elle a été utilisée, et continue de l'être, dans une vaste région géographique, particulièrement là où la neige est molle et profonde. La raquette en pied d'ours présente de nombreuses variantes régionales, le lacis et le harnais différant d'un endroit à l'autre.

Cette forme de base a également été modifiée pour obtenir des formes allongées plus complexes. Une des plus complexes est la raquette athapascane. Elle comporte une tête arrondie ou pointue, une queue pointue, au moins deux traverses de bois et de nombreux types de lacis et de harnais. La raquette athapascane est généralement de grande dimension, mesurant de 30 à 38 cm de largeur et de 120 à 150 cm de longueur. Elle est particulièrement efficace lorsque le voyageur peut suivre un chemin relativement droit avec peu de tournants.

Les voyageurs effectuant de longs trajets apportaient souvent plus d'un type de raquette. Cela leur permettait d'en changer selon l'état de la neige. En outre, les bons raquetteurs pouvaient avancer à une vitesse étonnante. En 1879, un marchand de fourrures du nom de H. M. Robinson écrivit : Un homme peut marcher beaucoup plus vite en raquettes, avec une bonne piste, que sur la meilleure des routes sans raquettes; toutefois, si la piste est parfaitement durcie par le gel, le voyageur les enlève et court derrière les chiens.

Bien sûr, les hommes n'étaient pas les seuls à utiliser des raquettes. En 1776, un autre marchand de fourrures, Alexander Henry, faisait observer que les femmes autochtones employaient aussi avec adresse ce moyen de transport : Le manteau neigeux atteignait quatre pieds 1,2 mètre de profondeur. Les Indiens marchaient vite; et pour les suivre, mes compagnons et moi avions trop à faire pour souffrir du froid; mais, nos raquettes étant d'un modèle plus large que celles des Indiens, nous arrivions difficilement à rester à leur hauteur. Les femmes ouvraient la marche, et nous avons cheminé jusqu'au coucher du soleil, quand nous avons atteint un boqueteau, sous la protection duquel nous avons campé.

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Sangles frontales, toboggans, carrioles et traîneaux

Les gens avaient aussi besoin de transporter des objets. Les Autochtones d'Amérique du Nord appliquaient pour cela deux stratégies fondamentales. Dans un cas, on portait, dans l'autre, on traînait. On portait facilement de petits objets légers dans la main, dans des poches ou dans des sacs. On pouvait porter de plus gros objets dans les bras sur de courtes distances.

Quand ils devaient transporter de gros objets sur de longues distances, les Nord-Américains d'autrefois portaient toutefois généralement cette charge sur leur dos. L'objet ou les objets étaient enroulés en un paquet auquel une longue corde unique était fixée à chaque extrémité ou passée en dessous. La partie libre de la corde était placée de façon à aller d'une extrémité du paquet à l'autre en passant par le dos puis le front du porteur. Dans le cas de certaines charges, on pouvait aussi faire passer une ligne d'appui en travers du haut de la poitrine. Ce type de corde de transport était communément appelé « collier de portage », ou « sangle frontale ». On s'en servait surtout l'été, mais parfois aussi l'hiver, particulièrement quand les charges étaient d'un poids modéré, quand la distance à parcourir était réduite, ou quand on ne disposait d'aucun autre dispositif de transport.

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Toboggan fabriqué par des cris des bois de l'Est.

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On faisait des traîneaux plus complexes avec de meilleurs patins, des planches de soutien verticales solides et des traverses sculptées. Quel qu'en fût le style, les traîneaux légers de ce genre pouvaient être tirés par l'homme ou par des chiens attelés. Dans l'Arctique canadien, les Inuits ont élaboré un type de traîneau plus solide pour des charges plus lourdes. Appelés « kometiks », ceux-ci avaient la forme d'échelles avec deux robustes planches parallèles posées de chant pour former les patins. Parfois, des morceaux lisses d'os ou de bois de cervidés étaient fixés au bas des patins et recouverts d'une couche de glace pour réduire la friction. Des lattes étaient attachées fermement perdiculairement aux patins pour constituer la plate-forme de transport. Avec un attelage d’huskies, le kometik pouvait transporter de lourdes charges.

Importance des anciens moyens de transport sur la neige
Il semble évident que les moyens de transport sur la neige figurent parmi les plus importantes inventions de l'histoire du transport. En Amérique et en Eurasie, les déplacements sur la neige ont permis aux gens de découvrir et d'exploiter toute l'année les riches ressources animales, végétales et minérales des régions septentrionales. Ils ont également joué un rôle dans la domestication des animaux, dans la rencontre des peuples et l'échange des idées, contribuant ainsi à la complexité des cultures. Nombre des moyens de transport inventés il y a des milliers d'années étaient si efficaces qu'on continue de les employer aujourd'hui. Qu'on songe au toboggan et à la raquette. Sans compter que des choses que nous considérons comme modernes, par exemple la motoneige et les vêtements d'hiver contemporains, ne sont que des adaptations s'inspirant de modèles anciens. Il est difficile d'imaginer comment les humains n’auraient jamais pu occuper le Canada sans ce qu'il fallait pour voyager sur la neige.


11/11/2013
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