AMÉRINDIEN DU QUEBEC ET CANADA

AMÉRINDIEN DU QUEBEC ET CANADA

LES NATIONS AUTOCTONES DU QUÉBEC

FAITS ET ÉVÈNEMENT ENTRE 1500 ET 1745

PHOTO 1.jpg
 
Le castor deviendra le principal enjeu commercial entre 1500 et 1745. Les Européens auront un intérêt particulier pour sa fourrure qu’ils utilisent pour la fabrication des chapeaux haute-forme devenus si populaires en Europe.

Au début du 16e siècle, quand les premiers Européens débarquent dans ce qui deviendra le Québec, la vallée du Saint-Laurent est habitée par des Autochtones membres des sociétés iroquoiennes. Les autres parties du Québec abritent des sociétés nomades algonquiennes. Les Européens ne savent pas comment se débrouiller dans ce nouvel environnement. Ils doivent compter sur l’hospitalité, l’aide et les connaissances de ses habitants. Ils concluent des ententes avec les Autochtones afin d'assurer le commerce des fourrures et le succès des premiers établissements. Le commerce des fourrures, puis l’implantation européenne en Amérique du Nord-Est a des implications profondes sur la vie des Premières nations. Des changements importants bouleversent les sociétés autochtones: leur situation démographique, leur organisation sociale, politique et culturelle. La conséquence la plus tragique de la rencontre des deux mondes reste l’introduction de maladies d’origine européenne qui provoquent le déclin des peuples autochtones.

Les motivations européennes

Plusieurs raisons expliquent les explorations entreprises par les Européens à la fin du 15e siècle et au début du 16e siècle. À cette époque, l’Europe est en pleine renaissance démographique et économique. Les pays de l’Europe de l’Ouest recherchent de nouvelles ressources et de nouveaux territoires afin de répondre aux besoins de leur population. La curiosité scientifique s’éveille et l’Europe élargit ses horizons. Toutes les conditions sont réunies pour faire éclater le monde connu. Ce nouveau contexte et les innovations technologiques permettent l’aventure sur l’Atlantique.

Mythes et perceptions du monde par les Européens

PHOTO 2.jpg
 
Carte inspirée de Martin Behaim (1492)

Avant la progression des connaissances géographiques liée aux voyages d’exploration entrepris par les Européens, le monde était traditionnellement divisé en trois parties: l’Europe, l’Asie et l’Afrique. On pense qu’entrent l’Europe et l’Asie, il n’y a que des îles fabuleuses. On ne connaît pas encore l’existence du continent américain. En dehors des limites du monde connu, on croit à l’existence de régions où habitent des animaux terrifiants et des hommes monstrueux. On imagine des hommes à la tête dans la poitrine ou sans tête, des hommes à tête de chien et des cyclopes. Ces croyances difficiles à briser continuent à se répandre malgré les explorations effectuées. L’idée d’un être couverte de poils de la tête au pied, plus près de la bête que de l’humain, subsiste également. Les Autochtones rencontrés par les Européens sont rapidement qualifiés de Sauvages puisque selon eux ils vivent comme les bêtes dans les bois et ils ne sont pas civilisés.

L’Europe à la recherche de nouvelles richesses

PHOTO 3.jpg
Au 16e siècle, cinq pays européens participent au mouvement des grandes découvertes et veulent se partager le monde. L’Espagne et le Portugal ont un intérêt surtout pour la partie sud du continent américain où l’or se retrouve en grande quantité. L’Angleterre, la Hollande et la France se tournent vers le territoire fréquenté par les pêcheurs, situé plus au nord. Sur la route de l’Asie, les Européens espèrent s’enrichir et acquérir de nouvelles terres. Les pays se disputent la possession des territoires sans tenir compte de leurs habitants, les Autochtones. C’est la course aux trésors américains. De nombreuses richesses passent du Nouveau Monde (l’Amérique) vers l’Ancien (l’Europe). En provenance d’Amérique du Sud, l’Europe acquiert des métaux précieux, de l’or et de l’argent, du coton et du sucre. D’Amérique du Nord, elle reçoit de la morue et des fourrures.

En quête d’une nouvelle voie vers l’Asie

PHOTO 4.jpg
Les découvertes de Jacques Cartier

Depuis la prise de Constantinople par les Turcs (1453), la route terrestre vers l’Inde et la Chine est coupée. Le commerce habituel est perturbé, car les marchands n’ont plus d’accès direct aux richesses des marchés asiatiques. Ils en convoitent les épices, indispensables à la conservation des aliments, la soie, l’or et les pierres précieuses. Les Européens se mettent en quête d’une route plus rapide vers l’Asie en naviguant sur l’Atlantique, vers l’ouest, ou en contournant l’Afrique. Loin de concevoir l’étendue du Nouveau Monde, les explorateurs pensent trouver l’Asie soit en longeant le littoral atlantique de l’Amérique du Nord, soit en recherchant un passage par le Nord. Cette recherche d’une route vers l’Asie préoccupera longtemps les Européens. Les Anglais (Martin Frobisher et Henry Hudson) penseront trouver un passage par l’Arctique. Les Français (Jacques Cartier) souhaiteront y parvenir en pénétrant plus avant dans le fleuve Saint-Laurent.

Les explorations européennes

PHOTO 1.jpg
Bateau de Verrazano

Les explorateurs européens n’ont pas découvert l’Amérique puisque les Autochtones y habitaient déjà depuis des millénaires. Les Européens ont plutôt trouvé les voies maritimes pour se rendre à un continent inconnu d’eux. Bien avant la venue des explorateurs et des pêcheurs en provenance de l’Europe de l’Ouest, les Vikings avaient fréquenté les Autochtones.

Les perceptions et le choc des premières rencontres

PHOTO 2.jpg
Arrivée de Cartier à Stadaconé (1535

Comment les Autochtones percevaient-ils les nouveaux venus sur le continent américain et leurs coutumes ? Il existe très peu de documents écrits sur ce sujet. Mais nous pouvons, tout en conservant un regard critique, nous fier aux témoignages laissés par les voyageurs et les missionnaires. Des récits issus de la tradition orale conservent également le souvenir des premières rencontres. Ils nous renseignent sur les perceptions autochtones des Européens. Les Européens se posent aussi des questions sur la nature des nouveaux peuples rencontrés. Les Européens et les Chrétiens évalueront et jugeront cette civilisation à partir de leurs critères, c’est-à-dire la religion, l’organisation politique et le progrès technique. On décrit habituellement les Autochtones d'après ce qui leur manque. Selon la perception des Européens, ces peuples n’ont pas de religion, de gouvernement, de vêtement, d'écriture, de fer ni de vin. Chacun juge ainsi l’autre à partir de ses propres valeurs, de ses traditions et de ses différences culturelles. Cela mène à plusieurs incompréhensions entre les Européens et les Autochtones. Les expéditions de Giovanni Verrazano et de Jacques Cartier donnent une bonne idée de la façon dont se déroulent les premières rencontres avec les populations autochtones de la côte atlantique.

La perception des Européens vis-à-vis des Autochtones

PHOTO 3.jpg
Iroquois allant à la guerre

Deux perceptions se répandent depuis les premiers contacts entre Autochtones et Européens. Une première présente les Autochtones comme des barbares, des sauvages, des êtres non civilisés. La seconde en fait de bons sauvages, des enfants de la nature par rapport aux Européens civilisés et adultes, des êtres qu’on idéalise.

Des Sauvages

À la fin du 16e siècle, on s’entendait généralement pour dire que ce n’était pas des monstres qui habitaient les nouvelles régions découvertes, mais des sauvages sans foi, ni loi, ni roi. Ils vivaient dans la nature comme les bêtes dans les bois. Ils allaient nus, étaient sales, se peignaient le visage et le corps, n’avaient pas de religion et se contentaient de peu.

Le bon ou le noble Sauvage

Au 17e siècle, mais surtout au 18e siècle, certains auteurs insistent davantage sur les qualités de l’Autochtone et les aspects positifs qu’ils perçoivent de leur culture. Du point de vue physique, on les décrit comme des êtres bien faits, bien proportionnés, et de taille généralement supérieure à celle des Européens. Jouissant d’une bonne santé, ils sont robustes et agiles. Les habitants de l’Amérique ont de l’esprit, sont bons pour leurs parents et hospitaliers envers les étrangers. Ils sont généreux, tolérants et dépourvus de l'ambition et de l'avidité qui tourmente tant d'Européens. Leur innocence apparente et leur simplicité suscitent l'admiration. Ce sont des enfants de la nature, non corrompus par la société. Ils vivent dans un paradis terrestre comme aux débuts de l’humanité.

Des Peaux-Rouges

Les premiers à être nommés Peaux-Rouges furent probablement les Béothuks à cause de l’habitude de couvrir leur corps et leurs vêtements d’ocre rouge. Les Autochtones du Brésil et des Antilles se peignaient eux aussi le corps en rouge. Ces derniers utilisaient, par contre, le bois de teinture ou rocouyer. Comme l’ocre rouge, la pâte obtenue à l’aide des graines du fruit de cet arbuste est insectifuge, c’est-à-dire qu’elle éloigne les insectes.

Les Français nomment les Autochtones

Au cours de l’histoire, les nations autochtones ont souvent été désignées par des noms qui n’étaient pas les leurs. Certaines appellations leur étaient inconnues, parfois même péjoratives, car ces noms leur étaient souvent donnés par une nation ennemie ou étrangère. Les noms utilisés pouvaient aussi provenir des Européens, ou encore, d’une nation voisine qui donnait un surnom plutôt que le vrai nom à cette nation. Souvent, ils n’ont rien à voir avec les noms que les Autochtones se donnaient eux-mêmes. Le nom d'un groupe autochtone décrivait habituellement la région où il vivait. L’appellation Huron provient d’un surnom donné par les Français. Leur coiffure aux cheveux relevés (une bande de cheveux raides sur le dessus de la tête) avec les côtés rasés du crâne leur rappelait la hure, c’est-à-dire la raie à rebrousse-poil des sangliers. Ils se nommaient eux-mêmes Wendats ou Ouendats: les habitants de la péninsule, de l’île. Les Français appelaient les occupants des montagnes de la Basse-Côte-Nord, Montagnais, à cause de l’aspect montagneux de l’embouchure de la rivière Saguenay près de Tadoussac. Ces derniers se désignaient eux-mêmes comme Innu, c’est-à-dire homme (être humain).

La perception des Autochtones vis-à-vis des Européens

Lorsque les Autochtones aperçoivent au loin les navires européens, ils ressentent un mélange de curiosité, de crainte et d’émerveillement. Des questions surgissent. Qui sont ces nouveaux venus ? Des dieux ? Des hommes ou des animaux ? Quelles sont leurs intentions ? Le premier moment de surprise étant passé, leur perception change et on les considère comme des étrangers dont l’apparence et les usages paraissent bien étranges. Pauvres Européens.

Les Autochtones se sentent privilégiés par rapport aux nouveaux venus. Ils se demandent pourquoi le dieu des Européens, qu’on dit riche, ne leur donne pas ce qui leur est nécessaire pour survivre. Pourquoi sont-ils obligés de se donner tant de peine pour venir chercher en Amérique ce qui leur manque ? Ils s’étonnent de les voir abandonner femme et enfants pour affronter les périls de la traversée. Les Autochtones s’estiment plus heureux que les Européens qui ne jouissent pas de la même liberté qu’eux. Ils les considèrent comme des gens toujours soumis à quelqu’un. Ils les voient comme des êtres dépendants puisqu’ils se nourrissent à tous les repas de morue prise chez eux, sinon de leur chasse. Finalement, les premiers habitants ne se croient pas inférieurs aux Européens, même s’ils peuvent apprécier leur technologie. Ils pensent que leur mode de vie est le meilleur et ils apprécient l’environnement dans lequel ils vivent.

Des barbus ayant peu d’esprit

Les Autochtones se moquent de l’aspect velu des Européens qui portent fièrement la barbe ou la moustache. Selon eux, la barbe rend les personnes plus laides et amoindrit leur esprit. Il faut dire qu’en général, les Autochtones étaient moins poilus que les Européens. Leur pilosité était faible, ou inexistante (sauf pour certains groupes de la côte Pacifique), et ils s’épilaient. Par rapport à eux, les Européens paraissent faibles et décharnés. Ils manquent souvent d’énergie pour traverser les grandes forêts et de jugement à la guerre. Des usages, comme la construction de grandes maisons qu’on ne peut pas facilement déménager, leur paraissent insensés. Les Autochtones apprécient les nouveaux arrivants selon leur propre échelle de valeurs. Pour eux, certains comportements européens sont répugnants. D’autres, comme le manque de charité, l’appât du gain et l’intolérance est inacceptable.

La disparition des Béothuks

Environ 500 Béothuks occupaient l’île de Terre-Neuve à l’arrivée des Européens. On sait peu de choses sur ce peuple qui a été entièrement décimé. Pendant l’été, les Béothuks fréquentaient le littoral de l’île pour la pêche. L’hiver, ils se rendaient à l’intérieur des terres pour la chasse au caribou. Leurs premiers contacts avec les Européens ne semblent pas nécessairement hostiles. Les Béothuks, qui n’échangent pas directement avec les Européens, restent méfiants. Ce peuple, qui tolère à distance ces nouveaux venus, est qualifiér de nation farouche.

PHOTO 4.jpg
Indienne de la tribu des Béothuks, en 1819

Au début, les Béothuks ne touchent pas à l’attirail de pêche ni aux bateaux laissés par les Basques sur la grève. Par la suite, ils ramassent ce qu’ils y laissent afin d’acquérir des produits européens (hachettes, couteaux, lignes, hameçons). Les pêcheurs qualifient ces gestes de pillage. Ils traitent les Béothuks de mauvaises gens et de peuples rudes et cruels. Dès la fin du 16e siècle, les rapports entre les deux groupes se détériorent. Les pêcheurs, qui s’établissent le long du littoral, accaparent de plus en plus d’espace pour le séchage du poisson. Cette appropriation du territoire par les Européens fait en sorte que les Béothuks sont repoussés et contraints de se réfugier de plus en plus loin à l’intérieur de l’île. Cette présence européenne limite leur accès aux endroits de pêche qui assurent la subsistance du groupe. De plus, l’exploitation des ressources de l’île, la coupe de bois pour le chauffage et la construction, ainsi que de vastes incendies de forêt, bouleversent l’équilibre écologique de l’île. Le mode de vie traditionnel et la survie des Béothuks sont menacés. Avec la colonisation de cette région, les relations des Béothuks avec les Français et les Anglais s’enveniment. Elles deviennent carrément hostiles. Les Béothuks sont traqués par les pêcheurs, les Français mettent leurs têtes à prix et les Anglais les chassent. De nombreux meurtres sont commis. Au début du 19e siècle, il ne reste que 72 Béothuks. La dernière représentante connue de ce peuple, Shawnadithit, meurt en 1829. Divers facteurs expliquent leur rapide disparition: l’intrusion d’étrangers sur leurs terres, qu’ils ne peuvent défendre sans aviver leur haine et être pourchassés, l’inaccessibilité à la mer et à ses ressources pour se nourrir, les guerres avec les Autochtones, dont les Micmacs, les conflits avec les Européens ainsi que les épidémies.

Le caractère de l'Amérindien 1632

Tous les Sauvages, en général, ont l'esprit et l'entendement assez bons et ne sont point si grossiers et si lourdauds que nous nous imaginons en France. Ils sont d'une humeur assez joyeuse et contente; toutefois ils sont un peu saturniens taciturnes, ils parlent fort posément, comme se voulant bien faire entendre, et s'arrêtent aussitôt en songeant un grand laps de temps, puis reprennent leur parole. Et cette modestie est cause qu'ils appellent nos Français femmes, lorsque, trop précipités et bouillants en leurs actions, ils parlent tous à la fois et s'interrompent l'un l'autre. Ils craignent le déshonneur et le reproche et ils sont excités à bien faire par honneur puisqu'entre eux est toujours honoré celui qui a fait quelque bel exploit. Pour la libéralité, nos sauvages sont louables en l'exercice de cette vertu, selon leur pauvreté, car, quand ils se visitent les uns les autres, ils se font des présents mutuels et, pour montrer leur galantise, ils ne marchandent point volontiers et se contentent de ce qu'on leur baille donne honnêtement et raisonnablement, méprisant et blâmant les façons de faire de nos marchands qui barguignent une heure pour marchander une peau de castor. Ils ont aussi la mansuétude et la clémence en la victoire envers les femmes et petits enfants de leurs ennemis, auxquels ils sauvent la vie, bien qu'ils demeurent leurs prisonniers pour servir. Ce n'est pas à dire pourtant qu'ils n'aient de l'imperfection, car tout homme y est sujet et, à plus forte raison, celui qui est privé de la connaissance d'un Dieu et de la lumière de la foi, comme sont nos Sauvages, car si on vient à parler de l'honnêteté et de la civilité, il n'y a pas de quoi les louer, puisqu'ils n'en pratiquent aucun trait, excepté ce que la simple nature leur dicte et enseigne. Ils n'usent d'aucun compliment entre eux et sont fort malpropres et mal nets en l'apprêt de leurs viandes nourriture.

Un portrait de l'Amérindien au 17e siècle

Il est juste à présent, pour contenter pleinement la curiosité du Lecteur, de lui faire ici un portrait naturel de leurs mœurs en général, et un abrégé des bonnes et mauvaises qualités des Gaspésiens Micmacs, soit du corps, soit de l'esprit. Ils sont tous naturellement bien faits de corps, d'une riche taille, haute, bien proportionnée, et sans aucune difformité; puissants, robustes, adroits, et d'une agilité surprenante, surtout quand ils poursuivent les orignaux, dont la vitesse ne cède point à celle des daims et des cerfs. Les hommes sont plus grands que les femmes, qui sont presque toutes petites; mais les uns et les autres d'un maintien grave, sérieux, et fort modeste; marchant posément, comme s'ils avaient toujours quelque grosse affaire à ruminer, et à décider dans leur esprit. Leur couleur est brune, olivâtre et basanée; mais leurs dents sont extrêmement blanches, peut-être à cause de la gomme de sapin, qu'ils mâchent fort souvent, et qui leur communique cette blancheur. Cette couleur cependant ne diminue rien de la beauté naturelle des traits de leur visage: et on peut dire avec vérité, qu'on voit dans la Gaspésie d'aussi beaux enfants, et des personnes aussi bien faites qu'en France; entre lesquelles il n'y a pour l'ordinaire ni bossus, boiteux, borgnes, aveugles, ni manchots. Ils jouissent d'une santé parfaite, n'étant pas sujets à une infinité de maladies comme nous: ils ne sont ni trop gras, ni trop maigres; et l'on ne voit pas chez les Gaspésiens, de ces gros ventres pleins d'humeurs et de graisse: aussi les noms de gouttes, de pierre, de gravelle, de galle, de colique, de rhumatisme, leur sont entièrement inconnus. Ils ont tous naturellement de l'esprit, et le sens commun au-delà de ce qu'on se persuade en France; ils conduisent adroitement leurs desseins, et prennent des moyens justes et nécessaires, pour y parvenir heureusement; sont fort éloquents et persuasifs parmi ceux de leur Nation, usant de métaphores et de circonlocutions fort agréables dans leurs harangues, qui sont très éloquentes, particulièrement quand elles sont prononcées dans les Conseils et les Assemblées publiques et générales.

Une comparaison entre les sociétés au début du 18e siècle

Enfin, pour vous tracer en raccourci le Portrait de ces Peuples: avec un extérieur sauvage, des manières et des usages, qui se sentent tout à fait de la barbarie; on remarque en eux une société exempte de presque tous les défauts, qui altèrent si souvent la douceur de la nôtre. Ils paraissent sans passion, mais ils sont de sang-froid, et quelquefois par principe, ce que la passion la plus violente et la plus effrénée peut inspirer à ceux, qui n'écoutent plus la raison. Ils semblent mener la vie du monde la plus misérable, et ils étaient peut-être les seuls heureux sur la Terre, avant que la connaissance des objets, qui nous remuent et nous séduisent, eût réveillé en eux une cupidité, que l'ignorance retenait dans l'assoupissement, et qui n'a pourtant pas encore fait de grands ravages parmi eux. On aperçoit en eux un mélange des mœurs les plus féroces et les plus douces, des défauts des Bêtes carnassières, et des vertus et des qualités de cœur et d'esprit, qui font le plus d'honneur à l'Humanité. On croirait d'abord qu'ils n'ont aucune forme de gouvernement, qu'ils ne connaissent ni loi, ni subordination, et que vivant dans une indépendance entière, ils se laissent uniquement conduire au hasard et au caprice le plus indompté; cependant ils jouissent de presque tous les avantages, qu'une autorité bien réglée peut procurer aux Nations les plus policées. Nés libres et indépendants, ils ont en horreur jusqu'à l'ombre du pouvoir despotique, mais ils s'écartent rarement de certains principes et de certains usages, fondés sur le bon sens, qui leur tiennent lieu de Loi, et qui suppléent en quelque façon à l'autorité légitime. Toute contrainte les révolte, mais la raison toute seule les retient dans une espèce de subordination, qui pour être volontaire, n'en atteint pas moins au but, qu'ils se sont proposés.

Le voyage durant la traversée de l'Atlantique

Avant de s’installer en Nouvelle-France, l’immigrant français devait affronter les périls de la traversée. Ce voyage représentait de nombreux dangers. Les navires affrontaient les tempêtes et les bancs de brume qui cachaient les glaces flottantes qu’il fallait contourner afin d’éviter un naufrage. L’absence de vent empêchait le navire d’avancer. Dans ces conditions, la durée de la traversée était imprévisible. Elle dépendait de la température et des vents. Le voyage vers l’Amérique pouvait prendre deux mois à deux mois et demi environ. Mais il pouvait se prolonger pendant près de 100 jours. Le retour vers la France était toujours plus rapide à cause des vents d’ouest plus favorables. Il prenait un peu plus d’un mois en moyenne. Les navires mesuraient entre 37 et 57 mètres de long, mais d’autres plus petits effectuaient aussi la traversée vers la Nouvelle-France. Le nombre de membres de l’équipage et de passagers variaient selon l’importance du bateau. On transportait aussi des marchandises, des provisions pour la traversée et des animaux vivants qui seraient consommés pendant le voyage. Dans ces navires, l’espace était très restreint et il n’y avait aucun confort. Les passagers dormaient dans des lits superposés ou des hamacs. Leurs journées étaient monotones. Trois repas par jour étaient servis. Au menu du petit-déjeuner : des biscuits souvent agrémentés de vers après quelques semaines de navigation. Pour le dîner et le souper, un potage nourrissant et, quelques fois par semaine, du poisson ou de la viande salée. Le breuvage principal était la ration quotidienne d’eau. Il y avait aussi du cidre et du vin, ces breuvages étaient également disponibles en quantité limitée. Dès les premiers jours de la traversée, plusieurs passagers étaient atteints du mal de mer. Un mal très désagréable, mais qui n’était pas dangereux. Par contre, le mal de terre, connu sous le nom de scorbut, pouvait provoquer la mort. Cette maladie était due à un manque de vitamine C surtout causé par l’alimentation sèche et salée consommée pendant le voyage. Diverses fièvres faisaient souvent de nombreuses victimes. Des épidémies mortelles survenaient aussi à cause des mauvaises conditions d’hygiène à bord. Par exemple, sur le navire, il était impossible de faire sa toilette et de laver ses vêtements, étant donné la rareté de l’eau potable. Conservée dans des tonneaux de bois, cette eau ne restait potable qu’une trentaine de jours au plus. Lorsque la traversée se prolongeait trop, le risque de famine survenait puisque les provisions s’épuisaient. Enfin arrivé à Terre-Neuve, on pouvait s’adonner à la pêche à la morue et manger une nourriture fraîche. On était prêt à affronter le nouveau milieu de vie.

Les principaux explorateurs et les principales routes d'exploration

PHOTO 1.jpg
 J
acques Cartier dresse une croix à Québec 1534

Les explorations de Giovanni da Verrazano et de Jacques Cartier

Au début du 16e siècle, deux expéditions officielles sont commanditées par le roi français, celles de Giovanni Verrazano et de Jacques Cartier. Lors de son voyage, en 1524, Giovanni Verrazano longe les côtes nord-américaines depuis la Caroline du Nord, en passant par Terre-Neuve, jusqu’à l’île du Cap Breton. Sa prospection des côtes lui permet de conclure que ces terres forment un continent distinct, non pas une île comme on le croyait auparavant. Il nomme le territoire visité Nouvelle France. Jacques Cartier est le premier explorateur à pénétrer à l’intérieur du fleuve Saint-Laurent au nom du roi de France. Le territoire qu’il visite est peuplé d’Autochtones. Des Iroquoiens sont installés sur l’une ou l’autre rive du fleuve qui constitue un axe de rencontres et d’échanges. Les Amérindiens désignent ces terres sous le nom de kanata; un mot iroquoien qui signifie village ou bourgade. Pour Cartier et ses contemporains, le mot Canada représente le territoire situé entre l’île-aux-Coudres et Hochelaga (Montréal).

À la fin du 15e siècle, plusieurs expéditions sont commanditées par les rois et les marchands européens. Christophe Colomb, qui atteint l’Amérique centrale, se croit arriver aux Indes (1492). Giovanni Caboto se rend à Terre-Neuve où les eaux foisonnantes de morues attireront les bateaux de pêche (1497). Un autre explorateur, Amerigo Vespucci, effectue des expéditions en Amérique du Sud (1499). Son prénom, Americus en latin, est à l’origine du mot Amérique.

Des Vikings à Terre-Neuve

PHOTO 2.jpg
 
Navire viking avec tête de dragon et voiles rayées

À bord de leurs drakkars, des embarcations à voiles et à rames, des Vikings, aussi appelés Norrois, partent des pays scandinaves. Ils migrent vers l’ouest et fondent une importante colonie en Islande, à la fin du 9e siècle. De là, quelques familles repartent vers l’ouest et colonisent le sud du Groenland. Vers l’an 900, on y retrouve plusieurs de leurs établissements. Ils subsistent grâce à la chasse, à la pêche et à l’élevage. Ils effectuent également du commerce avec le nord de l’Europe et des échanges avec les Inuits et les Amérindiens. Le fer, le bois et le blé sont troqués contre des fourrures, de l’huile de phoque et des dents de morse. Aux environs de l’an 1000, les Vikings fréquentent le Labrador et Terre-Neuve. Le site archéologique de l’Anse-aux-Meadows, sur la pointe nord-est de Terre-Neuve, atteste leur présence dans cette région. Les archéologues y ont retrouvé les vestiges de trois complexes d’habitation avec une forge. Les relations entre les Autochtones et les Vikings sont difficiles. Souvent, des conflits mettent fin aux tentatives d’échange entre les deux groupes. Les Vikings abandonnent finalement leur établissement à Terre-Neuve et cessent leurs expéditions le long des côtes nord-américaines.

Les pêcheurs européens et les premiers échanges 

PHOTO 1.jpg
Bateau de pêche français

Dès le début du 16e siècle, les Autochtones du nord-est de l’Amérique entrent en contact avec les pêcheurs et les baleiniers européens. Leur pêche permet de subvenir aux besoins alimentaires de l'Europe dont les réserves de poisson sont épuisées. Rappelons qu’à cette époque, les catholiques doivent faire abstinence, c’est-à-dire ne pas manger de viande, pendant plus de 150 jours par année. La morue est recherchée pour sa chair et pour son huile extraite des foies. Tout comme l’huile de baleine, elle sert de lubrifiant et d’huile à lampe.

PHOTO 3.jpg

Lieux de pêche aux environs de Terre-Neuve, 1693

L'origine et le nombre de pêcheurs 

PHOTO 4.jpg
Lieux de pêche des Basques

Les pêcheurs et les baleiniers européens viennent régulièrement s’approvisionner dans le golfe du Saint-Laurent et les bancs de Terre-Neuve. Ils pêchent la morue et chassent la baleine. Des pêcheurs français (normands, bretons), basques (espagnols), anglais, hollandais et portugais s’y rendent en grand nombre. Vers 1570, les eaux poissonneuses de l’Atlantique Nord attirent en moyenne 300 navires et 4 000 personnes par année. Trente années plus tard, jusqu’à un millier de navires européens exploitent annuellement les ressources de ces eaux. À la même époque, une vingtaine de baleiniers basques et leur équipage sont également présente chaque année dans le détroit de Belle-Isle entre le Labrador et l’île de Terre-Neuve.

Les baleiniers et les morutiers

PHOTO 1.jpg
 
Établissement de pêcheurs sur la côte de Terre-Neuve

On rapporte en Europe de la morue verte et de la morue sèche. La morue nettoyée et salée, afin de la conserver, est appelée morue verte. La préparation du poisson et la salaison s’effectuent en mer. Dans ce cas, les rencontres avec les Autochtones sont limitées. Les pêcheurs ne fréquentent la terre ferme que le temps de renouveler leurs provisions d’eau douce et de s’approvisionner en nourriture. Pour la morue sèche, il faut s’installer sur les rives pendant deux à trois mois. C’est-à-dire le temps de la pêche à bord de petites embarcations et du séchage, au soleil, du poisson placé sur des vigneaux (des échafauds ou treillis surélevés). Les pêcheurs, qui disposent de moins de sel que les premiers, pratiquent ce type de pêche et de conservation. La chasse à la baleine, une autre activité importante, nécessite aussi des bases terrestres. Les chasseurs s’installent pendant six mois pour chasser, dépecer et préparer les baleines. Ils en extraient l’huile grâce à des fours, puis l’entreposent. Leurs activités les mettent inévitablement en contact avec les Autochtones habitant ces régions.

Les premiers échanges entre Européens et Autochtones

PHOTO 2.jpg
La pêche, le traitement et le séchage de la morue au début du XVIIIe siècle

Le long des côtes, les Autochtones rencontrent les pêcheurs et les chasseurs installés sur la terre ferme pour la saison. Ils en profitent pour faire un peu de troc. Ils échangent de la viande, du poisson, des peaux de castor et d’orignal contre des objets d’origine européenne comme des chaudrons de cuivre utiles pour la cuisson, des aiguilles et des grattoirs. Les objets en fer tels les couteaux, les haches, les pointes de flèche et d’autres outils tranchants, suscitent le plus d’intérêt. Ces articles européens se répandent dans le Nord-Est par les voies commerciales autochtones. Ils servent à consolider les alliances économiques et politiques entre les nations.

L'expansion coloniale

PHOTO 3.jpg
Les premiers établissements sur la côte atlantique

Les premières tentatives de colonisation européenne en Amérique du Nord échouent au 16e siècle. Celle des Français chez les Iroquoiens de la vallée du Saint-Laurent, avec Jacques Cartier en 1541, dure à peine un an. Une colonie portugaise est établie dans la région du Cap-Breton ou de l’Île-du-Prince-Édouard en territoire micmac (entre 1521 et 1525). Elle n’a pas davantage remporté de succès. Celle des Anglais, en Virginie (entre 1585 et 1590), est aussi abandonnée. Les Européens apprendront que pour s’adapter au nouveau milieu et y survivre la coopération et les alliances avec les Autochtones sont essentielles. C’est avec Samuel de Champlain que l’expansion de la colonisation débutera véritablement. Le commerce des fourrures donnera naissance aux premiers postes de traite comme celui de Tadoussac, situé à l’embouchure du Saguenay, en territoire innu. Ces postes sont localisés dans les lieux traditionnels de rencontre des Autochtones. Le désir des puissances européennes d’exploiter les richesses du pays, de prendre possession de nouvelles terres, ainsi que le besoin de s’approvisionner en fourrures, poussent les Européens à envisager des établissements permanents.

Les établissements européens

PHOTO 4.jpg
Habitation de Québec

Les Français s’installent d’abord en Acadie à l’île Sainte-Croix (1604), en territoire malécite, puis à Port-Royal (1605) en territoire micmac où le chef Membertou accueille Samuel de Champlain et ses hommes. Les Français s’établissent ensuite à Québec (1608) et construisent l’Habitation de Québec. À ce moment, la vallée du Saint-Laurent est fréquentée par les Innus et les Algonquins. Ils ont remplacé les populations iroquoiennes qui occupaient autrefois ce territoire. De leur côté, les Anglais fondent une première colonie permanente à Jamestown en Virginie (1607). Les Puritains, des dissidents religieux anglais, se fixent plus tard à Plymouth, Massachusetts (1620). Afin d'exploiter le réseau commercial de la vallée de l'Hudson, les Hollandais s’installent à New York (1609). Les Suédois choisissent plutôt la Pennsylvanie (1645). Au milieu du 17e siècle, des colonies françaises, anglaises, hollandaises et suédoises jalonnent la côte est de l’Amérique du Nord.

La perception du Nouveau Monde par les colons

PHOTO 1.jpg
Deux Canadiennes en raquettes

À l’arrivée des colons européens, le paysage naturel du continent américain est encore à peu près intact. Les Autochtones n’ont pas vraiment modifié la nature, sauf d’une façon temporaire. Les explorateurs, et plus tard les premiers colons, parlent de la nature idyllique du Nouveau Monde. Ils vantent sa salubrité et son abondance. Les forêts ne manquent pas et les richesses de la faune et de la flore sont inouïes. Les cours d’eau abondent en poissons de toutes sortes et la pêche y semble prodigieuse. Une grande variété de volatiles (oie blanche, outarde ou bernache, sarcelle, perdrix) survole le pays. Les observateurs ont décrit des migrations énormes de tourtes, d’outardes et de canards qui, à leur passage, obscurcissent le ciel. Ils mentionnent aussi l’immensité du territoire et la disponibilité des terres, contrairement à l’Europe où elles se font déjà rares à cette époque. Les hivers longs et rigoureux surprennent aussi les premiers colons.

La vie en France

Pendant la première moitié du 17e siècle, au moment où les contacts entre Amérindiens et Européens se multiplient, la France est marquée par de nombreuses guerres avec l’Angleterre, l’Espagne, les Pays-Bas et d’autres pays. À l’intérieur même de la France, les catholiques et les protestants s’affrontent avec violence dans le cadre des guerres de religion. À la même époque, la chasse aux sorcières atteint son apogée. La France, dont l’économie est en crise, est également agitée par des soulèvements populaires contre l’absolutisme de l’autorité royale. Les épidémies, les famines et les guerres affectent durement les paysans qui regroupent la majorité (90%) de la population française. Une petite classe de privilégiés, formée de nobles, s’en tire mieux.

L'influence des Amérindiens sur les colons français

PHOTO 2.jpg
Samuel de Champlain embarque vers l’ouest afin de se livrer à l’exploration

PHOTO 3.jpg
Pêche sur glace

Les Européens empruntent au monde amérindien des connaissances géographiques, botaniques et fauniques. On découvre le continent et on exploite ses ressources, principalement les fourrures, grâce à l'aide autochtone. On recueille des informations auprès de ceux-ci à propos des peuples habitant les diverses régions, de la faune, des différents usages de la flore (dont l'utilisation des plantes médicinales) et des ressources (comme les sites de mines de cuivre ou de plomb). On s'initie aux nouvelles techniques d'orientation en forêt, de chasse et de pêche comme le pistage, la trappe et la pêche sous la glace. En 1634, le premier hivernement des habitants à Trois-Rivières s’avère difficile. Le scorbut cause le décès de quelques colons et la faim tenaille les premiers occupants. On réussit finalement à remédier au manque de vivres grâce à l’aide d’un Amérindien qui montre aux Trifluviens à pêcher sous la glace.

Les coureurs des bois

Plusieurs jeunes gens migrent vers les régions de traite. On les a nommés coureurs de bois. Ces hommes étaient attirés par les profits rapides que procurait la traite des fourrures et par la liberté du mode de vie des Autochtones. Ils quittaient la colonie pour faire la traite et pour vivre auprès des Amérindiens dont ils adoptaient le mode de vie.
L’éducation des enfants

L'éducation des enfants semble aussi touchée. Le grand amour des Amérindiens pour leurs enfants est un thème qui revient fréquemment dans les écrits des 17e et 18e siècles. Selon les critères européens, cet amour est souvent jugé démesuré. Les missionnaires parlent de tendresse extraordinaire ou encore d'amour excessif  pour les enfants. Ils se plaignent de la très grande liberté accordée aux enfants et du mode d'éducation où l’on refuse de recourir à la violence pour dresser les jeunes. Selon le missionnaire jésuite Paul Le Jeune, les Autochtones  ne peuvent supporter qu'on châtie leurs enfants, non pas même de paroles; ne pouvant rien refuser à un enfant qui pleure. En 1707, l'intendant de la Nouvelle-France se plaindra du fait que les habitants de ce pays-ci les Canadiens n’ayant jamais d’éducation à cause de la faiblesse qui vient d’une folle tendresse que les père et mère ont pour eux dans leur enfance, imitant en cela les sauvages, ce qui les empêche de les corriger et discipliner.
La guerre à l’indienne

À l'école indienne, les Canadiens ont appris à faire la  petite guerre. Une guerre d'embuscade, proche de la chasse, mieux adaptée aux conditions du nouveau pays. Le guerrier y possède beaucoup d'autonomie et de mobilité contrairement aux soldats des grandes armées européennes s'affrontant, en rangée et à découvert, sur d'immenses champs de bataille.

Les efforts de christianisation des missionnaires

Les Français, qui s’établissent dans la vallée du Saint-Laurent, désirent évangéliser et civiliser les Autochtones, c’est-à-dire les transformer en Français catholiques. Dès les débuts de la colonie, les dirigeants mettent de l’avant des moyens pour y parvenir: l’éducation des jeunes, le mariage mixte (le mariage entre Autochtones et Français), l’évangélisation et la sédentarisation. Des missionnaires et des religieuses prennent en charge ces projets d’assimilation. Certains se consacrent à l’étude des langues autochtones afin de gagner leur amitié et de transmettre plus efficacement leur enseignement. Des missionnaires se rendent en mission dans les communautés amérindiennes. Leur connaissance de la langue et des cultures en font de précieux intermédiaires pour les dirigeants coloniaux. Notons qu’à la même époque, en France, des missionnaires parcourent déjà les campagnes pour changer les mœurs des paysans français qu’ils considèrent aussi comme des païens. Les Français croient fermement que les Autochtones s’apercevront rapidement des avantages de leur mode de vie et qu’ils l’adopteront aussitôt. Au début, on pense que les efforts d’évangélisation dans les réserves et les missions éloignées portent fruit.

Une colonie qui repose sur le commerce des fourrures

PHOTO 4.jpg
Traite des fourrures à Montréal 18e siècle

Dès le début du 17e siècle, les commerçants français établissent des postes de traite, entre autres, à Tadoussac et à Québec. Afin de réglementer le commerce des fourrures, le roi de France accorde le monopole de la traite à certaines compagnies. En échange, la compagnie s’engage à explorer le territoire, à aider à convertir les Autochtones à la foi catholique, à peupler et à développer la colonie. Les compagnies ne remplissent pas leurs engagements en ce qui concerne le peuplement de la colonie et l’évangélisation des Autochtones. Quant à lui, le commerce des fourrures reste rentable malgré les profits qui varient irrégulièrement selon les années. La colonie se développe autour du commerce des fourrures.

La traite des fourrures devient donc la base de l’économie de la Nouvelle-France. À partir de 1715, ce commerce prend beaucoup d’ampleur. En dehors de ses retombées économiques, il mène à l’exploration de régions situées plus à l’ouest. C’est à cette époque que Gaultier de la Vérendrye explore l’intérieur du continent. Avec ses fils, il fonde des postes de traite dans l’ouest. Ils se rendent jusqu’au pied des Rocheuses. Ces explorations permettent au roi de France de revendiquer le droit d’occuper un plus vaste territoire pour le coloniser. Elles mènent aussi à l’élargissement du réseau de traite des fourrures. Malgré le développement de l’agriculture et d’industries, comme les forges du Saint-Maurice et la construction navale à Québec, le commerce des fourrures représente toujours au milieu du 18e siècle environ 70% des exportations vers la France. L’économie de la Nouvelle-France repose donc sur cette ressource. Entre 1660 et 1760, le nombre de peaux de castor expédiées en France est évalué à 25 millions. À ces peaux, s’ajoutent les peaux de renard, de martre, d’ours, de caribou, de rat musqué et d’autres mammifères.

Les réactions provenant des personnages politiques autochtones

PHOTO 1.jpg
Cartier (érection d’une croix à Gaspé)

Dès les premières rencontres avec les Européens, des chefs autochtones réagissent à leur façon de s’approprier le territoire. Les Autochtones ne sont pas réduits au silence, ils affirment leur préférence, expriment leur mécontentement ou s’objectent selon les circonstances.

Le commerce des fourrures

PHOTO 2.jpg
Foire des fourrures à Montréal

À la fin du 16e siècle, les peaux de castor sont très appréciées en Europe pour la confection de chapeaux dont la mode se répand dans les classes aisées. La demande pour les fourrures en provenance d’Amérique du Nord s’accroît à mesure que ces chapeaux deviennent plus populaires et que les réserves européennes de castor s’épuisent. Elle prend tellement d’ampleur qu’on organise des expéditions chargées uniquement de rapporter des fourrures. Ce commerce est à l’origine de la colonisation du territoire.

PHOTO 3.jpg
Les chapeaux faits de peau de castor étaient très en demande

La christianisation des peuples autochtones

PHOTO 4.jpg
Le couvent des Ursulines, accueille des enfants amérindiens. Cependant, ceux-ci tolèrent mal la vie réglée, derrière des portes closes, et s’enfuient à la première occasion. Les autorités françaises, lors des négociations de paix avec les Iroquois, demandent toujours à ceux-ci d’envoyer quelques-uns de leurs enfants au couvent de Québec. En fait, elles pensent que les Amérindiens retiendront leurs attaques pour ne pas blesser leurs enfants.

Les premiers Européens à débarquer en Nouvelle-France ont sous-estimé l'importance de l'univers religieux autochtone. Ne voyant parmi eux aucun lieu de culte ni de religieux, ils concluent à l'absence de religion. Mais l'importance et la complexité de l'univers spirituel autochtone sont peu à peu dévoilées lors des rencontres qui deviennent plus fréquentes. Les missionnaires se rendent compte que la vie quotidienne est empreinte de spiritualité, qu’elle est imprégnée d'une vision religieuse des choses. Malgré l’échec relatif des projets d’assimilation, le travail des missionnaires va déstabiliser les individus et les communautés. L’activité missionnaire remet en cause plusieurs aspects de la civilisation amérindienne dont la conception de la famille, la place de la femme et les relations entre les personnes.

Les maladies européennes

Depuis des millénaires, l’Europe, l’Asie et l’Afrique entretenaient des contacts réguliers. L’Amérique, étant restée en dehors de ce circuit d’échanges, les habitants du continent étaient isolés géographiquement et protégés de nombreuses maladies. Dès les premières rencontres entre Autochtones et Européens, c’est-à-dire à l’époque des pêcheurs et des premiers explorateurs, les maladies commencent à circuler. L’impact des nouvelles maladies qui se répandent en Amérique est terrible, c’est une véritable catastrophe démographique.
Des maladies dévastatrices

Les Autochtones ignorent la plupart des infections présentes en Europe. N’ayant pas développé d'immunité, ils sont très vulnérables face à ces celles-ci. Quelles sont donc ces maladies qui font tant de ravages ? Parmi les affections introduites en Amérique, l’on retrouve: les fièvres typhoïdes, la blennorragie, la diphtérie, la coqueluche et la syphilis. Cette dernière maladie existait aussi en Amérique, mais sous une autre forme. D’autres infections, comme la pneumonie, même la grippe et des maladies d’enfants (rougeole, roséole, rubéole, varicelle, scarlatine) sont souvent mortelles pour les Autochtones qui en sont atteints. La variole, la rougeole et le typhus restent les maladies les plus meurtrières. En Europe, la variole (picote ou petite vérole) touchait surtout les enfants; en Amérique, cette infection est celle qui fait le plus de ravages parmi les Autochtones. La variole se transmet directement, d’individu à individu, mais également par des couvertures et des vêtements. Elle est très contagieuse.

Les guerres coloniales et leurs effets

PHOTO 1.jpg
Défaite des Iroquois au lac de Champlain

À la fin du 17e siècle, les rivalités entre Français et Anglais dépassent la question du commerce. Il s’agit alors d’un affrontement entre deux empires qui souhaitent coloniser le territoire. Les guerres entre Français et Anglais, qui sont déclarées en Europe, se répercutent en Amérique et deviennent ce qu’on nommera les guerres franco-anglaises. Les Amérindiens, à titre d’alliés de l’un ou de l’autre camp, y seront impliqués.

Les Autochtones autour des postes français

PHOTO 2.jpg
Tentes de Montagnais et de Naskapis

À cause de l’intérêt suscité par le commerce des fourrures, puis de la détérioration des conditions de vie à la suite des épidémies et des guerres, diverses nations autochtones se rapprochent des Français et fréquentent leurs établissements. Ces Autochtones établis dans des villages près des colons sont nommés les Amérindiens domiciliés.

Les Amérindiens domiciliés

PHOTO 3.jpg
Campement de la pointe Lévis

En tout, cinq nations viennent habiter dans les missions (villages) situées à proximité des colons français dans la vallée du Saint-Laurent : les Algonquins, les Innus-Montagnais, les Hurons, les Iroquois et les Abénakis. Ils y viennent pour différentes raisons :

Se rapprocher dans le but de faire la traite des fourrures, fuir leurs ennemis, se réfugier parce qu’ils ont été délogés de leur territoire, échapper aux tensions entre convertis et traditionalistes (non convertis) qui existent dans leur village, profiter des avantages matériels qu’offrent les missionnaires dans les réserves trouver un abri et de la nourriture

Les Autochtones viennent s’installer près des Français à titre d’alliés et non de sujets. Les habitants de ces villages représentent de précieux alliés militaires pour les Français. Ils protègeront et défendront la colonie.

L’exemple des Abénakis (1705)

Sa Majesté est persuadée que c'est à bonne fin qu'il a porté les Abénakis à venir s'établir parmi les Français, elle ne laisse pas cependant d'y trouver de l'inconvénient parce que partie de ces Sauvages étant restés dans leurs anciennes habitations, il est à craindre que les Anglais ne les accablent et que nous ne perdions cette barrière qui occupent les Anglais du côté de Pentagouet et que ceux qui sont venus dans la Colonie ne soient beaucoup à charge, cependant, puisque cela est fait, il n'y a qu'à le laisser subsister, il fera savoir dans la suite l'effet que ce changement aura produit

Le village abénaki de Wôlinak (1721)

Le village abénaki de Bécancour n'est pas présentement aussi peuplé qu'il l'était il y a quelques années. Il ne laisserait pourtant pas de nous être d'un grand secours, si la guerre recommençait. Ces Sauvages sont les meilleurs partisans du pays, et toujours disposés à faire des courses dans la Nouvelle-Angleterre, où leur nom seul a souvent jeté l'épouvante jusque dans Boston. Ils ne nous serviraient pas moins bien contre les Iroquois, à qui ils ne cèdent point en valeur, et qui ne sont pas aussi bien disciplinés qu'eux.

Les Amérindiens : des alliés indispensables à la colon

PHOTO 4.jpg
Champlain explorant l’intérieur du continent

Dès le début du 17e siècle, les relations entre Autochtones et Européens s’élaborent dans le cadre d’ententes entre nations. Elles sont essentielles afin d’assurer le succès du commerce des fourrures et des premiers établissements européens. Pour les Amérindiens, l’alliance vise le maintien de leur position dans le réseau commercial déjà existant avant l’arrivée des Européens, l’acquisition de nouveaux produits et l’appui militaire en cas de besoin. Pour eux, devenir partenaires implique la réciprocité dans le commerce et dans la guerre. Les échanges, dans quelque domaine que ce soit, doivent s’équilibrer.



10/11/2013
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Ces blogs de Histoire pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour